Signature d'Auguste Lançon

Lançon vu par ...

Auguste Lançon -

Louis Vauxcelles.

Le Gil-Blas, 29 juin 1914

À propos de Lançon



Louis VauxcellesLouis Vauxcelles (1870-1943) était l'un des critique d'art les plus influents du début du XXe siècle. Il est notamment à l'origine des mots "fauvisme" et "cubisme".

Ses articles sur Lançon véhiculent, néanmoins, tous les poncifs formulés avant lui et reprennent inexatitudes et contre-vérités.

Nous avons déjà signalé en un bref écho le projet qu'un écrivain de talent, M. Charles Léger, a conçu d'organiser une rétrospective d'Auguste Lançon, le peintre militaire et animalier, qui vécut de 1836 à 1885 et dont le nom mérite mieux que l'estime où le tiennent quelques rares collectionneurs. Cette exposition de peintures, eaux-fortes, -aquarelles et dessins doit se faire en Franche-Comté, à Saint-Claude, pays natal de l'artiste : Il serait à souhaiter qu'elle pût être reprise à Paris. Rien n'est plus digne, d'intérêt que ces méconnus, qu'on exhume de temps à autre, les Trutal, les Dufeu, les Boissard de Boisdemer, les Guillaume Régamey.

Lançon fut un solide réaliste de cette lignée-là. Insoucieux, de gloire et de réussite commerciale, il travailla, sans jamais exposer, pour sa joie intime. Il était pauvre. Son seul luxe était l'équitation, qu'il pratiquait en écuyer parfait, tel jadis Géricault, ou, de nos jours, Anquetin.

Ses thèmes de prédilection : les moines, les soldais et les grands fauves.

On sait — on ne sait pas assez — que la maquette du Lion de Belfort, attribuée à Bartholdi, est de Lançon.

La mâle simplicité de ce monument ne suffit-elle pas à vous indiquer la qualité d'un tel talent ?

On trouvait encore, il y a quelques années, dans une boutique de la rue de Seine, de magnifiques fusains de Lançon, pour quelques francs. Et ces dessins, tigres, lions, jaguars, attestaient une connaissance profonde de la musculature et du pelage de ces modèles incomparables que Lançon copiait au Muséum. (Il fit même — et tint, et gagna — le téméraire pari d'entrer dans la fosse aux ours. Il descendit seul saluer les plantigrades, qui parurent surpris de son audace, nous apprend M. Charles Léger. Les gardiens, il est vrai, étaient présents, et ne permirent pas une trop longue entrevue.

Il illustra d'eaux-fortes la Rue à Londres, de son ami Vallès, dont il partageait la doctrine sociale.

Sa série d'eaux-fortes sur la vie des Trappistes de Laval est de premier ordre.

Lançon mourut, misérable, à l'hôpital Necker.

Théophile Gautier l'appréciait hautement : « Il ne s'agit pas, écrivait-il, de batailles officielles avec un état-major piaffant autour du vainqueur et quelques morts de bon goût faisant académie au premier plan, le tout se détachant sur un fond de fumée bleuâtre, pour éviter au peintre la peine de représenter les régiments. Ce sont de rapides croquis, dessinés sur le vif d'après un carnet de voyage, par un brave artiste, à la suite d'une ambulance. Pas un objet qui n'ait été vu, pas un trait qui ne soit sincère. Aucun arrangement, nulle composition. C'est la vérité dans son horreur imprévue, dans sa sinistre bizarrerie. De telles choses ne s'inventent pas. L'artiste à qui l'on doit ces dessins, M. Lançon, est un, naïf : Il fait bonhomme, comme on dit dans les ateliers, c'est-à-dire qu'il ne recherche ni le style, ni la tournure, ni le chic à la mode. Il rend ce qu'il voit, rien que ce qu'il voit, et, comme un témoin, il narre les faits en termes brefs et précis. On peut se fier à lui. »

Louis Vauxcelles.



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