Signature d'Auguste Lançon

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Auguste Lançon vu par Le Gil-Blas du 3 mars 1888

Le Gil-Blas - 3 mars 1888

La vente qui a lieu lundi, des aquarelles et dessins que ce pauvre Lançon a laissés à sa famille nous remet en mémoire une histoire amusante.

Auguste Lançon est mort à quarante-huit ans ; c'était un laborieux, toujours au travail ; il a produit énormément ; d'un caractère triste, il s'amusait rarement, et cependant, chaque fois qu'il se trouvait au milieu d’une réunion d'amis, il savait faire rire. Je me souviens qu'un jour, me trouvant avec lui et Pertuiset, le fameux chasseur de lions, poussé par ce dernier, il nous raconta une histoire qui depuis a fait fortune.

Pertuiset venait de nous narrer une effrayante chasse aux lions ; émus, nous l’avions écouté avec une grande attention.

— Eh bien ! mon cher, lui dit Pertuiset, que dis-tu de cette histoire, je crois que voilà un beau sujet de tableau.

— Hum! lui répondit Lançon, ces histoires de Lions me rappellent toujours la fameuse chasse du Marseillais.

— Laquelle ? raconte-nous-la.

*
*     *

— Un jour, reprit Lançon, un Gascon et un Marseillais devisaient entre eux : le Gascon venait de terminer une histoire de chasse, et le Marseillais semblait incrédule…

— Té, mon bon, lui dit le Marseillais, ce n'est rien ton histoire, il m'est arrivé quelque chose de bien plus terrible. Ze chassais dans le désert, quand tout à coup ze vois les broussailles qui s'agitent ; pif, paf, ze tire et ze tue un lion ; deux minutes après, ze revois les broussailles s'agiter, à droite et à gauche, ze tire à droite et à gauche, et ze tue deux lions ; dix minutes après, une nouvelle broussaille s'agite, et ze vois encore un lion.

— Tonnerre ! interrompit le Gascon impatienté, si tu tues encore celui-là, je te f. mon pied quelque part.

— Et que non, ze l'ai raté, s'empressa de dire le Marseillais.

On juge si cette histoire nous fit rire.

Hélas ! quelques mois après, nous apprenions la mort de Lançon.



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