Signature d'Auguste Lançon

Lançon vu par ...

 Auguste Lançon vu par Arthur Bloche

Arthur Bloche

Les Lions de Lançon

Le Gaulois, 24 mai 1883

N'allez pas croire à l'avènement d'un nouveau dompteur d'animaux.

Lançon, dont les lions vous ont comme moi frappé au Salon est, croyons-nous, le peintre animalier appelé au plus bel avenir dans son genre. Les progrès que nous avons constatés dans son grand tableau le Lion amoureux, exposé du reste à la cimaise dans le grand salon d'entrée, nous avaient frappé en éveillant dans notre pensée le souvenir d'un de nos, sculpteurs célèbres, j'ai dit Barye.

Annonce parue dans le Figaro le 25 mai 1883Appelé il y a quelques jours à faire le catalogue d'une intéressante collection de tableaux modernes qui seront exposés dimanche prochain salle numéro 1, je fus agréablement surpris de trouver, au milieu d'œuvres charmantes de Corot, Courbet, Diac, Bocalowicz, Mélin, de Panne, Pils, Ballavoine, Rossi, Werbœkhoven, etc. dix tableaux de LANÇON.

Il faut vous dire que le collectionneur aima beaucoup les animaux, presque autant que les tableaux et les objets d'art. Sa galerie et ses bibelots nous prouveront qu'il était homme de goût. Il était donc deux fois satisfait en trouvant dans les œuvres du sympathique animalier des sujets à sa convenante et bien peints.

Tout le mal que M. de G. put me dire sur l'artiste et les détails qu'il me donna sur son atelier firent germer en moi le désir d'aller le voir.

Pour arriver jusque chez lui, il faut avoir du reste la volonté bien arrêtée d'y aller : il habite à une des extrémités de Paris rue Vandamme, 68, une maison qui à toutes les apparences d'une garçonnière à la campagne. C'est au fond d'un jardin en façade sur la rue et adossée au mur du chemin de fer de Ceinture.

Quand j'arrivais, on me dit que M. Lançon était chez Pezon. Tous les grands dompteurs, dois-je vous dire, sont groupés sur la place de l'arrondissement de Plaisance, où il y a fête champêtre actuellement. Vous pensez que notre animalier profite du voisinage de tous ces royaux animaux pour obtenir la grâce de les portraiturer, et pour se faire de précieuses études.

Le dompteur Pezon
Croquis de Lançon - La Vie Moderne, 19 août 1882

Mais, comme il ne devait pas tarder à revenir chez lui je me nommai, et, sans doute que ma mine inspira quelque confiance à la gardienne du logis, elle m'introduisit dans une vaste pièce, éclairée par une immense baie. C'était l'atelier.

En y pénétrant, je reculais effrayé. En face de moi se dressait un vieux lion de Nubie, à droite un tigre dévorant une victime, et quand je me retournais, c'était un lion et une lionne qui me parurent prêts à s'élancer sur moi.

Sans le grand lévrier du Jura, le fidèle compagnon de Lançon qui vint au devant de moi comme pour me faire les honneurs de l'atelier en l'absence de son maitre, j'aurais cru plus longtemps aux apparitions imprévues des hôtes du désert ; puis, quelques minutes après, le peintre rentra, et ce fut un vrai plaisir de faire une excursion avec lui au milieu du Sahara, dans les repaires les plus sombres et les plus sauvages dont ses nombreuses études reproduisent si fidèlement l'aspect effrayant.

Nous aurions bien voulu vous laisser attendre jusqu'à dimanche pour que vous ayez, à l'exposition de la salle 1, la surprise de voir Lançon sous ces trois aspects si différents, mais le devoir et le plaisir de vous rendre complètement compte de notre visite dans son atelier nous engagent à vous le révéler aussi puissant, aussi vigoureux de touche dans des tableaux militaires, dans des intérieurs de ferme, représentant les hommes, les vachères et les animaux domestiques, qu’en peignant les rois du désert.

Quelques ébauches en terre cuite nous ont trahi ses capacités comme modeleur et des amis auxquels nous pouvons croire affirmaient ce qui du reste a été dit ouvertement en autre temps, que Lançon n'était pas étranger au fameux lion de Belfort.

Mais ce qui ajoute aux charmes de ses œuvres, chez Lançon, c'est la modestie de l'artiste.

ARTHUR BLOCHE



Lançon vu par...