Signature d'Auguste Lançon

Mort d'Auguste Lançon

 Auguste Lançon - L'hommage du Monde Illustré

Le Monde illustré, 25 avril 1885

Le Monde illustré, 25 avril 1885

Nous avons annoncé dans notre dernier numéro la mort prématurée d'un de nos plus anciens collaborateurs, M. Lançon, qui a fourni à notre collection, avant qu'il se soit livré plus particulièrement à l’eau-forte, une série de très curieux et très habiles dessins sur bois.

Nous aurions voulu publier en signe de reconnaissance un portrait de l'artiste regretté, mais nous n'avons pu nous procurer à cet effet un document assez exact pour reproduire ses traits ; nous nous bornerons donc, à titre d'hommage, à la publication de l'un des bois les plus pittoresques qu'ait faits pour nous M. Lançon pendant le siège et qui n'avait pas trouvé sa place alors dans nos colonnes.

Ce n'est pas d'ailleurs le dernier dessin de M. Lançon que nous ayons dans nos cartons, et comme c'est un talent qui ne vieillit pas, nos lecteurs ne seront pas étonnés d'en voir réapparaître de temps en temps lorsque l'actualité ne s'imposera pas à nous.

Le sujet que nous reproduisons aujourd'hui date de l'époque néfaste que M. Lançon a rendue avec tant de réalisme par tous ses côtés pittoresques ou patriotiques. Nous avons vu, comme lui, ces abattoirs militaires où tombaient les derniers bestiaux réquisitionnés avant que les boucheries de chevaux ne soient venues les remplacer. Tableaux horribles que toute plume ne saurait mieux décrire que le crayon incisif d'un artiste qui ne faisait que ce qu'il voyait et comme il le voyait.

Malheureusement — ses coreligionnaires disent heureusement — M. Lançon s'était fourvoyé dans la politique, généralement si étrangère aux artistes comme à nous-mêmes, ce qui explique sa collaboration avec Jules Vallès pour la Rue à Londres, son dernier ouvrage qui compte une trentaine d'eaux-fortes. Il avait fait avec Véron (pas le nôtre) La troisième Invasion, contenant cent eaux-fortes, et trois cents dessins, Les animaux chez eux, encore en eaux-fortes, chez l'éditeur Baschet.

On sait, en effet, que M. Lançon, était un de nos plus forts animaliers, comme en témoignent ses derniers tableaux.

Ses principales œuvres du Salon annuel, avant qu'il n'eût choisi ce genre, représentaient plutôt des scènes militaires. On n'a pas oublié de lui Morts an ligne, un épisode terrible de la guerre où toute une file de soldats avait succombé sous le feu de l'ennemi, et le tableau saisissant de l'enterrement des morts de Champigny par les frères ambulanciers.

M. Lançon écrivait ainsi quelques pages de sa vie de Campagne, où il négligeait souvent son crayon pour prêter son aide à nos soldats et secourir les blessés et les mourants.

Avec ces qualités de patriotisme, de dévouement, de franchise, il n'est pas étonnant que M. Lançon se soit fait des amis nombreux même parmi ceux qui ne pensaient pas comme lui. Aussi les partis les plus opposés étaient représentés à ses obsèques, où de nombreux discours ont été prononcés.