Signature d'Auguste Lançon

Lançon illustrateur de l'actualité (1872-1885)

 Auguste Lançon : Le choléra en France (1884)

Le choléra en France

Auguste Lançon : le choléra en France
L'Illustration, 12 juillet 1884

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On sait que, l'émigration aidant, le fléau a franchi l'enceinte de Toulon, s’est répandu un peu partout dans les environs et a gagné Marseille, où il exerce d'assez grands ravages. Aussi les craintes sont-elles assez vives dans le midi, d'où elles ont gagné le centre et aussi le nord. De grandes précautions sont prises dans toutes les villes. L'importation des fruits et des légumes est prohibée dans un certain rayon, et les voyageurs ont à subir, eux et leurs bagages, dans les gares, des quarantaines plus ou moins prolongées et des mesures de désinfection, fort désagréables sans doute, mais nécessaires. Un de nos dessins a pour sujet les précautions prises à la gare de Lyon, à Paris. À leur arrivée en gare dans les wagons spéciaux que la Compagnie a pris soin de leur réserver, les voyageurs venant de Toulon et de Marseille, entrent une demi-heure dans une salle spéciale de désinfection, arrosée à tout instant de phénate de soude dans des proportions considérables et où ont été disposés des appareils contenant des cristaux d'acide sulfurique nitreux. Pendant que les voyageurs y séjournent, des inspecteurs de police du ministère de l’intérieur, qui sont là en permanence, prennent leurs noms et leurs adresses, afin que l'on puisse aussitôt constater l'origine du premier cas qui serait signalé à Paris.


Les précautions prises à la gare de Lyon, à Paris.


Pendant ce temps, les bagages sont retirés des wagons également spéciaux où ils ont été mis et placés dans une autre chambre où les malles sont ouvertes et les objets pouvant être contaminés dépliés. À ce moment on fait évacuer la salle et l'on procède la désinfection à l'aide de vapeurs nitreuses intensives, après quoi les bagages restent un quart d'heure environ dans la pièce. Puis on aère, la salle est ouverte et les voyageurs reprennent possession de leurs colis, avec lesquels il leur est permis alors de s'en aller.

Ajoutons que tous wagons provenant de Marseille, une fois vides, portent la mention « à désinfecter "et sont tout de suite conduits sur des voies spéciales, où l’on procède à des fumigations et lavages complets ; que les consignes, dépôts de bagages, salles de bagages, salles des Pas-Perdus, salles d'arrivée et de départ, ainsi que les trottoirs de la gare sont arrosés toutes les deux heures avec de l'eau mélangée de phénate de soude; qu'enfin, les mêmes mesures sont prises dans toutes les gares de la ligne : La Roche, Lyon, Dijon, etc.

Ce sont là de sérieuses garanties contre l'envahissement du choléra par l'émigration ; mais comme l'on a affaire à un ennemi très subtil, fort capable de s'introduire dans la place malgré toutes les précautions, on a dû s'enquérir des locaux qui pourraient être affectés aux cholériques, en cas du fléau, et la commission municipale d'hygiène a décidé que le château de Brévannes, récemment acquis pour la création d'un hospice de vieillards, recevrait cette destination à titre provisoire. On approprie aussi, pour le même usage, un hôpital que l'on avait créé à la hâte l'année dernière, en cas de besoin, lors du choléra d'Égypte. Il s'appelle l'hôpital des mariniers, et se trouve rue Didot, près du boulevard Brune, dans le quatorzième arrondissement. Il se compose de plusieurs bâtiments espacés au milieu d'une plaine assez aride, entre la porte de Châtillon et celle de Vanves. Nous en donnons un dessin. La vue est prise du côté de la rue de Vanves. L'hôpital peut contenir deux cents lits.




Lançon illustrateur de l'actualité - 1872 - 1885