Signature d'Auguste Lançon

Lançon illustrateur de l'actualité (1861-1870)

Auguste Lançon -

L'incendie de la rue Stanislas

Auguste Lançon - L'incendie de la rue Stanislas (1869)
L'Illustration, 31 juillet 1869

Il y a huit jours, dans la nuit du vendredi au samedi 23 juillet, un nouvel incendie a répandu la terreur dans un quartier de Paris. À minuit et demi, l'horizon était rouge. Du boulevard Montmartre on apercevait les reflets sombres des flammes.

C'était le dépôt de la Compagnie des Petites Voitures, situé rue Stanislas, qui brûlait. Le feu, alimenté par des bois secs, des essences, activé par un vent très-vif, avait pris en quelques minutes des proportions alarmantes. L'incendie a gagné l'usine Decoster et quelques maisons voisines.

Des fusées d'étincelles tombaient sur les toits environnants ; les locataires, aidés par les soldats, s’empressaient de déménager. Le carrefour formé par les rues Vavin et Bréa était encombré de meubles détériorés, de glaces brisées, de matelas et de linge jetés pêlemêle.

Les pompiers, aidés par la troupe de ligne, la garde municipale, les sergents de ville n'ont pu se rendre maitres du feu que vers quatre heures du matin. Mais, malgré cela, le danger pour être moins grand n'avait pas disparu, et les pompes n'ont pas cessé de fonctionner.

MM. le maréchal Canrobert, le général Soumain, commandant la place de Paris, s'étaient rendus sur le lieu du sinistre. Le colonel et les officiers des sapeurs-pompiers ont donné partout l'exemple du dévouement et ont noblement payé de leur personne.

Les ateliers de M. Rousseau, fabricant d'orgues, ont été fortement endommagés, et les pertes sont grandes. Les pauvres ménages qui n'étaient pas assurés, et dont les meubles sont à peu près perdus, se trouvent dans la situation la plus triste.

On a vu, de une heure à quatre heures du matin, de pauvres femmes à. peine vêtues, échevelées, rester dans la rue, les pieds dans l'eau, contempler tristement les épaves qui étaient toute leur fortune. Hélas ! c'est là le côté douloureux de tous ces sinistres.

Les propriétés du riche sont garanties par l'assurance et certes la Compagnie des Petites-Voitures ne perdra rien.

Mais qui rendra aux pauvres l'humble mobilier qu'ils ont perdu ?

P. P.
L'Illustration, 31 juillet 1869

En 1869, Auguste Lançon habitait 3 rue Campagne-Première dans le 14e arrondissement en immédiate proximité avec le boulevard du Montparnasse. Il était aux premières loges pour voir cet incendie qui s'était déclaré à deux pas de chez lui.

Plan de localisation de l'incendie de la rue Stanilas et du domicile de Lançon
Détail d'un plan de Paris édité en 1870