Signature d'Auguste Lançon

Lançon, acteur de la Commune

Auguste Lançon - La fédération des artistes

La fédération des artistes de Paris

Extrait de « Paris-médaillé » par Charles Virmaitre (1890)

En 1871, sous la Commune, la Fédération des artistes voulait jouer un rôle politique ; Courbet avait organisé des réunions à l'École de Médecine pour préparer les élections ; les élus voulurent siéger au Louvre, mais ils en furent empêchés par M. Barbet de Jouy, conservateur des Musées. Ils se réunissaient souvent et passaient leur temps à critiquer l'administration, tout en essayant de l'imiter. Ils discutaient des programmes, des règlements, nommaient des commissions, des sous-commissions, des quarts de commissions, des délégués, des sous-délégués ; tout le monde voulait être quelque chose ; Courbet voulait fonder un journal, l'Officiel des Arts.

Ce n'étaient pas des fonctions à l'œil ; ils s'attribuaient des indemnités sous toutes les formes : tant par séance, tant par rapport, tant par délégation, tant pour frais de bureau et même pour des pains à cacheter. Courbet leur avait apporté 6,000 francs, mais cette somme avait été vivement engloutie ; à l'entrée des troupes françaises dans Paris, il leur était dû une assez forte somme, que le gouvernement s'empressa de ne pas leur payer ; il est juste de dire qu'ils ne songèrent pas à réclamer leurs jetons de présence.

En matière d'art, ils ne firent absolument rien que d'accoucher de cette théorie : que la Commune était, en matière d'art, le pouvoir exécutif, et la Fédération le pouvoir législatif.

On lit dans le Journal officiel de la Commune, du jeudi 6 avril 1871, l'appel suivant, adressé par Gustave Courbet, président des artistes, autorisé par la Commune ; il les invitait à se réunir, le vendredi suivant, dans le bâtiment de l'École de Médecine :

"La revanche est prise, Paris a sauvé la France du déshonneur et de l'abaissement. Ah ! Paris. Paris a compris, dans son génie, qu’on ne pouvait combattre un ennemi attardé avec ses propres armes. Paris s'est mis sur son terrain, et l'ennemi sera vaincu comme il n'a pu nous vaincre. Aujourd'hui, Paris est libre et s'appartient, et la province est en servage. Quand la France fédérée pourra comprendre Paris, l'Europe sera sauvée.

Aujourd'hui, j'en appelle aux artistes, j'en appelle à leur intelligence, à leur sentiment, à leur reconnaissance. Paris les a nourris comme une mère, et leur a donné leur génie.

Les artistes, à cette heure, doivent, par tous leurs efforts (c'est une dette d'honneur) concourir à la reconstitution de son état normal et au rétablissement des arts, qui sont sa fortune. Par conséquent, il est de toute urgence de rouvrir les Musées et de songer sérieusement à une exposition prochaine ; que chacun, dès à présent, se mette à l'œuvre, et les artistes des nations amies répondront à notre appel.

La revanche est prise, le génie aura son essor ; car les vrais Prussiens n'étaient pas ceux qui nous attaquaient d'abord. Ceux-là nous ont servi, en nous faisant mourir de faim physiquement, à reconquérir notre vie morale et à élever tout individu à la dignité humaine.

Ah ! Paris, Paris, la grande ville, vient de secouer la poussière de toute féodalité. Les Prussiens les plus cruels, les exploiteurs du pauvre étaient à Versailles. La révolution est d'autant plus équitable qu'elle part du peuple. Ses apôtres sont ouvriers, son Christ a été Proudhon. Depuis dix-huit cents ans, les hommes de cœur mouraient en soupirant ; mais le peuple héroïque de Paris vaincra les mistagogues et les tourmenteurs de Versailles ; l'homme se gouvernera lui-même, la fédération sera comprise, et Paris aura la plus grande part de gloire que jamais l'Histoire ait enregistrée.

Aujourd'hui, je le répète, que chacun se mette à l'œuvre avec acharnement : c'est le devoir que nous avons tous vis-à-vis de nos frères soldats, ces héros qui meurent pour nous. Le bon droit est avec eux. Les criminels ont réservé leur courage pour la sainte cause.

Oui, chacun se livrant à son génie, sans entrave, Paris oubliera son importance, et la ville internationale européenne pourra offrir aux arts, à l'industrie, au commerce, aux transactions de toutes sortes, aux visiteurs de tous pays, un ordre impérissable, l'ordre par les citoyens, qui ne pourra pas être interrompu par les ambitions monstrueuses de prétendants monstrueux.

Notre ère va commencer ; coïncidence curieuse ! c'est dimanche prochain le jour de Pâques : est-ce ce jour-là que notre résurrection aura lieu ?

Adieu le vieux monde et sa diplomatie"

GUSTAVE COURBET

 

Voici les noms de la Fédération des artistes, élus au Louvre, le 17 avril 1871, tels qu'ils furent publiés dans le Journal officiel de la Commune, le 21 avril 1871 :

FÉDÉRATION DES ARTISTES DE PARIS
COMMISSION FÉDÉRALE

PEINTRES

  • Bonvin.
  • Corot.
  • Courbet.
  • Daumier.
  • Durbec (Armand).
  • Dubois (Hippolyte).
  • Feyen-Perrin.
  • Gautier (Amand).
  • Glück.
  • Héreau (Jules).
  • Lançon.
  • Leroux (Eugène).
  • Manet (Edouard).
  • Millet (François).
  • Oulevay.
  • Picchio.

SCULPTEURS

  • Becquet.
  • Chapuy (Agénor).
  • Dalou.
  • Lagrange.
  • Lindeneher (Edouard).
  • Moreau-Vauthier.
  • Moulin (Hippolyte).
  • Ottin.
  • Poitevin.
  • Deblézer.

ARCHITECTES

  • Boileau fils.
  • Delbrouck.
  • Nicolle.
  • Oudinot (Achille).
  • Raulin.

GRAVEURS-LITHOGRAPHES

  • Bellenger (Georges).
  • Bracquemond.
  • Flameng.
  • Gill (André).
  • Huot.
  • Pothey.

ARTISTES INDUSTRIELS

  • Aubin (Emile).
  • Boudier.
  • Chabert.
  • Chesneau.
  • Fuzier.
  • Meyer.
  • Ottin fils.
  • Pottier (Eugène).
  • Reiber.
  • Riester.

Cette commission entra immédiatement en fonctions.

Le Salon qui devait régénérer l'art français n'eut pas lieu.