Signature d'Auguste Lançon

Lançon vu par ...

 Auguste Lançon vu par Emile Begerat (1913)

Émile Bergerat

Extrait de Souvenirs d'un enfant de Paris (1913)

 



Emile BergeratÉmile Bergerat, né à Paris le 29 avril 1845 et mort à Neuilly-sur-Seine le 13 octobre 1923, est un poète, auteur dramatique, considéré à son époque comme un « excellent chroniqueur ».

Émile Bergerat devient le gendre de Théophile Gautier (1811-1872) et le beau-frère de Théophile Gautier (fils). Émile Bergerat se maria en effet avec Estelle Gautier (1848-1914), fille cadette de Théophile Gautier. À la fin de la vie de Gautier, Émile Bergerat est son secrétaire.

Bergerat fut directeur de publication de La Vie moderne, revue éditée par Georges Charpentier à partir de 1879 qui accueillit de nombreux dessins d’Auguste Lançon.

J'en ai pourtant, mais bien des années après, connu un autre qui ne répudiait rien, « absolument rien » des gens et des faits de l'insurrection. C'était un artiste, un grand artiste même, Auguste Lançon, dont les études d'animaux à l'eau-forte sont parmi les belles pièces d'art du dix-neuvième siècle. Il avait suivi, le crayon à la main, toutes les opérations de l'armée de l'Est et il en était revenu enragé contre l'état-major d'incapables qu'il allait retrouver à Versailles, devant Paris. Il s'était fédéré tout de suite, et dès le 18 mars. C'était un petit homme trapu, violent, à tournure lourde de statuaire, qui ne pouvait formuler une pensée sans la saupoudrer du mot sans rime du dernier carré de Waterloo. Sa pauvre petite femme, douce blonde puérile, qui l'adorait, avait fini par se façonner et même se réduire à son verbe.

— Auguste, susurrait-elle d'une voix d'ange, il y ce soir une soupe aux choux qui n'est pas, je te le promets, de la m.... !

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Le récit de Bergerat est ici une pure affabulation. Lançon s'est rendu le 21, comme tous les hommes du 46e bataillon fédéré (dit le "bataillon réactionnaire"), aux troupes du 91e régiment de ligne et a été transféré à Versailles où il est resté déténu durant six mois.
Il ne fit donc jamais le coup de feu aux barricades et n'échappa pas au conseil de guerre puisqu'il fut jugé par le 3e en novembre 1871 en compagnie des autres officiers du 46e bataillon.
La suite du récit est également sujette à caution dans la mesure où Bergerat avait déjà écrit sur Lançon en 1875.

Par le hasard d'un roulement de service, c'était Lançon qui était de garde à la porte de Saint-Cloud lorsque, le 21 mai, les Versaillais y entrèrent, sur l'indication de M. Ducatel, et réellement par surprise. À la vue du premier uniforme exécré, Lançon saisit son flingot et crie : Aux armes ! Mais impossible de réveiller ses hommes qui, croyant à une mauvaise charge, se retournent sur leurs paillasses. Ah ! les m..deux ! Et de crier, de jurer, rien. Ils rigolent m..dement. Désespéré et pris pour un fou par les troupiers de Mac-Mahon, le peintre s'enfuit, rentre dans son quartier, et tâche de réunir des défenseurs, mais personne ne le croit ou ne l'écoute, et il vient s'abattre, les poings aux yeux, dans son atelier, où sa femme le console.

— Sainte Vierge ! qu'est-ce qu'il y a ? Jamais je ne t'ai vu aussi emm..dé, mon chéri !

Comment il échappa aux exécutions sommaires d'abord et ensuite aux conseils de guerre ? C'est le secret entre Cambronne, Dieu et lui, car il est certain qu'il fit le coup de feu aux barricades. Mais il était très bon et très aimé et personne ne le dénonça. En 1879, époque où je le connus, son exaltation durait encore, et quand on ouvrait devant lui la question des incendies :

– Eh bien quoi ! lançait-il avec un haussement d'épaules, la Cour des Comptes, la Légion d'honneur, les Finances, le Théâtre Lyrique, de petites m..des ! Nous les aurions reconstruits, nous avions des architectes

Jules Vallès était plus évasif sur le chapitre brûlant, et, pour mon compte, je n'ai jamais obtenu qu'il se déboutonnât de sa réserve…



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