Signature d'Auguste Lançon

Lançon vu par ...

 Auguste Lançon vu par Emile Begerat (1885)

Emile Bergerat

Extrait de "La femme d’artiste"  (pour le keepsake de Tissot)
Le Figaro — 26 avril 1885
(Chronique signée sous le nom de « Caliban » reprise en volume en 1886)

[...]



Emile BergeratÉmile Bergerat, né à Paris le 29 avril 1845 et mort à Neuilly-sur-Seine le 13 octobre 1923, est un poète, auteur dramatique, considéré à son époque comme un « excellent chroniqueur ».

Émile Bergerat devient le gendre de Théophile Gautier (1811-1872) et le beau-frère de Théophile Gautier (fils). Émile Bergerat se maria en effet avec Estelle Gautier (1848-1914), fille cadette de Théophile Gautier. À la fin de la vie de Gautier, Émile Bergerat est son secrétaire.

Bergerat fut directeur de publication de La Vie moderne, revue éditée par Georges Charpentier à partir de 1879 qui accueillit de nombreux dessins d’Auguste Lançon.

Le pauvre Auguste Lançon, qui vient de mourir, et auquel Théophile Gautier reconnaissait un talent de dessinateur extraordinaire, était assurément ce qu'on appelle un artiste. Ses études d'animaux vont de pair avec celles de Barye, et les croquis qu'il fît-autour de Metz, pendant la guerre, sont des pièces de collection. Or, Lançon ne pouvait pas prononcer une parole sans la « sacrer », comme à Reims un roi de France, et jamais le perroquet de Gresset n'émit en toute une semaine autant d'appels au saint nom de Dieu que Lançon n'en émettait en une seule minute.

Or, Lançon était marié. Il adorait sa femme et il en était adoré, car c'était un bon être, sous ses apparences de pétroleur forcené. Cette femme d'artiste, douce comme un agneau et naïve comme un enfant, s'était tellement assimilé les habitudes de son homme, qu'elle en était arrivée à ne plus lui parler que par mode de blasphèmes.

— Viens-tu, lui disait-elle d'une voix d'oiseau, viens-tu Lançon ? La s. n. d. D. de soupe est sur la s. n. d. D. de table.

— F... ! femme, est-il sept heures ? demandait l'artiste, en s'attardant à la planche commencée.

— S'il les est ! Regarde à la s. horloge s. n. d. D !

Je ne veux pas dire que tous les artistes en soient là, car cela n'est pas. Lançon était une exception jurassique. Mais j'ai souvent pensé que les anges, qui se voilaient les yeux de leurs ailes pendant ces dialogues conjugaux, devaient avoir du mal à s'empêcher de sourire. Le mariage ainsi compris confine à l'abnégation. Dieu le couronne d'une palme, comme les autres martyres.

Oui, certainement, il faut être Parisienne pour être femme d'artiste. Songez, jeunes héritières de la rue du Sentier, que parfois votre mari peut être pris de toquades extraordinaires, telle que celle, par exemple, d'élever un ours.

Cette toquade, Lançon l'eut encore. Elle était justifiée par ses études d'animalier. Toujours douce, la bonne femme d'artiste faisait la s. n. d. D. de soupe pour l'ours de s. n. d. D. Elle l'eût faite pour des chameaux si son époux lui avait dit que ce fût s. n. d. D. nécessaire.

[...]

Selon son acte de décès, Lançon mourut célibataire. A ce jour rien ne permet d'identifier qui fut la compagne de Lançon si compagne il y eût. Lors de la vente de son atelier en 1887, il était simplement fait allusion aux héritiers de Lançon qui offrirent deux toiles à l'Etat et à la ville de Paris.



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