Signature d'Auguste Lançon

Le Paris pittoresque de Lançon

 A. Lançon : Les trieuses de coke dans une usine à gaz (1884)

Les trieuses de coke dans une usine à gaz

Le Monde illustré, 12 janvier 1884

Quoique l'hiver n'ait pas encore montré ses rigueurs et que le soleil prenne déjà des airs de printemps, les grandes usines à gaz ne chôment pas, la lumière du jour s'étant faite plus rare cette année que jamais, vu le brouillard épais qui enveloppe Paris depuis un mois ou deux. La même quantité de coke se produit donc toujours, mais on suffit aux demandes, on sert promptement, ce qui n'arrive pas toujours quand le froid est intense et dure longtemps.

Le public qui commande pour sa consommation le n° 0, le n° 1, le n° 2, selon son système de chauffage, ne se doute pas que ces scories brutales qui lui arrivent par sacs sont triées presque minutieusement, et que ce sont des femmes qui les font passer presque les unes après les autres dans leurs mains, comme on choisit les bonbons de première ou de seconde qualité chez nos grands confiseurs. Cette industrie, qui fait vivre tant de pauvres gens, ne pouvait échapper à un observateur comme M. Lançon, l'un des artistes réalistes de Paris, qui en connaît certainement le mieux les bas-fonds, et qui nous a montré dans de superbes eaux-fortes et dans de très remarquables dessins les pauvres hères de la Capitale. L'eau-forte typographique que nous reproduisons est, comme tout ce que fait M. Lançon, exécutée consciencieusement d'après nature.

On n'invente pas ces pittoresques installations, ces types spéciaux ; on ne saurait même les rendre de mémoire. Mais quel métier ! et qu'il faut avoir besoin de vivre et de faire vivre sa famille pour se résigner à une pareille besogne ! C'est pour ces malheureuses qu'il faut souhaiter que l'hiver ne soit ni long ni rigoureux, pour qu'elles souffrent moins dans leur pénible travail en plein air. On peut geler de froid en préparant le combustible des autres !

Les Paris de Lançon