Signature d'Auguste Lançon

Mort d'Auguste Lançon

 Auguste Lançon - L'inauguration du monument Lançon (1890)

L'inauguration du monument Lançon

 

Le Petit-Journal, 10 novembre 1890

Les amis et les élèves du peintre Lançon, mort en avril 1885, se sont réunis hier à trois heures au cimetière Montparnasse, pour inaugurer le monument élevé par souscription à sa mémoire.

Ce monument est des plus simples : il se compose d'une pierre tombale surmontée d'une pyramide tronquée sur laquelle est placée la tête de l'artiste, exécutée en bronze d'après un moulage pris à son lit de mort par le sculpteur Gautier. La tête, aux yeux fermés, repose sur un coussin et est entourée d'une draperie. Sur la face antérieure de la pyramide, au-dessous d'une palette, M. Gautier a placé un bas-relief en bronze représentant une des meilleures eaux-fortes de Lançon, le Lion se désaltérant.

Entre la palette et le bas-relief, cette simple inscription :

A
AUGUSTE LANÇON
1838-1885

M. Albert Pétrot, conseiller municipal, a prononcé, à titre d'ami, un discours dans lequel il a rappelé les grandes qualités de l'artiste et de l'homme privé. Il a appliqué à son talent l'épithète de robuste ; à son avis il n'en est pas de plus caractéristique.

Outre les amis de Lançon, les visiteurs du cimetière Montparnasse s'étaient groupés en assez grand nombre autour du monument, voulant ainsi donner un témoignage d'admiration au peintre de la Bataille de Bazeilles, de la Tranchée devant le Bourget, du 5e cuirassiers à Mouzon, des Lionnes en arrêt, etc.


Le Temps, 11 novembre 1890

Les amis du peintre Lançon ont inauguré hier, après-midi, au cimetière Montparnasse, le monument qu’ils ont élevé à sa mémoire.

Ce monument est des plus simples. Il se compose d’une pierre tombale et d’une stèle, ornées de deux sujets en bronze : une palette encadrée par une branche de feuillage et un bas-relief représentant une des eaux-fortes de l’artiste, le Lion qui boit. Entre la palette et le bas-relief, on a gravé l’inscription suivante : A Auguste Lançon, 1838-1885. En haut de la stèle est placée la tête du peintre, exécutée également en bronze d’après un moulage fait par M. Charles Gauthier, sculpteur, au lit de mort de Lançon ; elle est posée sur des coussins et recouverte d’une draperie.

On sait que le comité de souscription pour le monument de Lançon s’est formé il y a cinq ans. L’argent n’est venu que peu à peu. On travaillait au monument au fur et à mesure qu’on en recueillait. Les œuvres d’art dont nous avons donné la description ont été exécutées, à titre gracieux, par M. Gauthier, ancien ami de Lançon. Le bronze a été donné par le conseil municipal.

Devant l’assistance, composée de peintres et de sculpteurs, M. Albert Pétrot, conseiller municipal, a prononcé l’éloge de Lançon.


L’Intransigeant, 13 novembre 1890

Un grand nombre de peintres, de littérateurs et d’amis étaient réunis, dimanche, au cimetière Montparnasse, pour l’inauguration du monument du regretté Lançon, le peintre aquafortiste et l’homme de bien que l’on sait. Plusieurs discours ont été prononcés par MM. Xavier Dumoulin, trésorier du comité de souscription, Albert Pétrot, etc. On a-fort remarqué l’absence d’un membre du comité, ancien libraire à Plaisance, aujourd’hui directeur d’un journal du soir, dont l’ex-peintre Lançon avait protégé les débuts difficiles.


Discours prononcé par Albert Pétrot au cimetière du Montparnasse

L’Écho de la montagne, 27 décembre 1890

« Dimanche dernier, nous étions une centaine dans la partie nouvelle, séparée récemment, du cimetière Montparnasse, entre la rue des plantes prolongée et le boulevard Raspail.

Là, s’élèvent, poétique et charmante la tombe du peintre Yundt, une bonne tête de bronze riante et échevelée qu’une enfant, une petite Alsacienne sans doute, s’efforce d’atteindre du bout des pieds pour la couronner, — et un marbre grave, beau, inachevé, où le nom du défunt n’est pas gravé encore, mais qui doit lui aussi s’adresser à un artiste, — et la sépulture, plus neuve, du Rapin ; à côté de celle-ci, se dresse maintenant une colonne quadrangulaire, surmontée d’un moulage en bronze représentant la tête énergique et loyale de mon brave ami le peintre animalier Auguste Lançon, tel qu’il était à son lit de mort, à l’hôpital Necker.

Il n’avait pas cinquante ans, étant né en 1838, quand nous le perdîmes en 1885, et lorsque j'essayais l’autre jour de résumer le caractère si entier, si un, de Lançon, comme artiste, comme homme, comme citoyen ; j’en étais encore à me demander s’il était possible que la maladie eût eu pour toujours raison de cette vigoureuse et ardente nature.

Lançon peignait comme il parlait ou agissait, net, carré, sans ambages, le crayon ou le pinceau robuste aussi bien que l’expression oratoire, le faux-fuyant n’avait pas d’ennemi plus décidé, de même que la mièvrerie artistique le mettait en rage.

Franc-Comtois au tempérament de granit, il offrait de nombreux rapports avec son illustre compatriote Courbet, dont il partageait les opinions presque en tout points.

Quand le hasard nous avait faits tous deux (et de ce jour nous fûmes deux francs amis que seule la mort du pauvre artiste est venue séparer) les porte-drapeaux de la même idée républicaine dans deux quartiers voisins du 14e arrondissement où il demeurait depuis son arrivée à Paris, nous sortions le soir, à des heures tardives de nos réunions, et il venait me ramener une partie de ma route. Alors il parlait, s’épanchait ; car en public, il n’aimait guère les discours, et se proclamait homme d’action, non diseur de phrases. C’est vrai. Mais dans l’intimité, il se laissait aller avec une franchise toute sympathique, portant des jugements, souvent sévères ou ironiques, mais justes, honnêtes et d’une frappante exactitude.

Les sujets que ses toiles, ses dessins, ses merveilleuses eaux-fortes se plaisaient à re produire, étaient l’image de la force unie à la grandeur. Les admirables fauves de la Savane ou du désert, les lions, les tigres ou les scènes sanglantes de la guerre, soit à l’heure lugubre de la défaite soit dans les luttes du Danube et de la Turquie, n’ont pas eu d’interprète plus passionné et fidèle.

Vous les connaissez tous, ses magnifiques albums, où sont merveilleusement étudiés, dans leur mœurs les plus secrètes, ces grandioses et terribles géants des forêts qu’il ne cessait de contempler et d’observer jalousement au Muséum, dans les ménageries chez Pezon son ami, chez Bidel, lorsqu’il n’allait pas leur rendre visite de l’autre côté de la Méditerranée.

Un bel et sincère artiste, un honnête et loyal ami, un concitoyen vaillant, tel a été Auguste Lançon.

Rien d’étonnant donc au nombre considérable d’admirateurs ou de compagnons de labeurs qui, après cinq ans écoulés, assistaient l’autre dimanche à l’inauguration de sa tombe, émus et respectueux comme le mérite la mémoire d’un homme de bien qui a été en même temps un brillant artiste. »

Albert PÉTROT
Secrétaire du Conseil municipal