Signature d'Auguste Lançon

Mort d'Auguste Lançon

Auguste Lançon - Annonce de sa mort

L'annonce de la mort de Lançon dans les journaux

Le Temps, 15 avril 1885

Un artiste de talent, M. Auguste Lançon, vient de mourir, rue Vandamme, 68, à la suite d'une courte et douloureuse maladie. Ses obsèques auront lieu demain à quatre heures.

M. Lançon était un dessinateur et aquafortiste de grande valeur. En outre des dessins nombreux qu'il a semés dans les grands journaux d'illustration, il laisse trois œuvres importantes

L'Histoire de la guerre de 1870-1871, la Rue à Londres et les Animaux.

M. Lançon avait tenté de jouer un rôle politique à Paris il avait été candidat radical-socialiste aux dernières élections municipales dans le quatorzième arrondissement, et n'avait échoué, au second tour de scrutin, qu'à quelques voix.


Le Cri du Peuple, 16 avril 1885

À Minuit Lançon

Aujourd'hui, je ne serai pas d'une gaieté folle. C'est d'un mort que j'ai à vous parler. Dame ! ça arrive, ces choses-là ; par exemple, ça n'arrive qu'une fois, et je trouve que c'est plus que satisfaisant.

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Celui qui vient de mourir — et qu'on enterre aujourd'hui à quatre heures — était un artiste d'un vrai talent, et de plus, un grand ami du patron, qui lui avait confié le soin d'illustrer la Rue à Londres, pour la magnifique édition de Charpentier.

Son amitié avec Vallès remontait au temps de la Commune, à laquelle il avait pris part. Arrêté les armes à la main, il manqua être fusillé.

Conduit à Satory, il prit, dit-on, dans les casemates de Satory, les germes du mal dont il est mort.

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Je ne le connaissais pas personnellement. Mais Vincent Oldfield, notre chef de départ (qui l'avait beaucoup vu à Londres, au temps où Vallès et Lançon employaient les heures d'exil à courir les bas-fonds de la métropole), était allé, l'autre semaine, visiter l'artiste, alors en traitement à l'hôpital Necker, et m'a donné certains détails.

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Rien ne faisait prévoir un dénouement aussi rapide. Petit, mais trapu, Lançon, il y a quelques jours, se croyait presque guéri de l'albuminurie dont il était atteint.

— C'est ici que Vallès aurait dû venir se faire soigner, disait-il. Chez moi, j'avais jusqu'à dix-sept grammes d'albumine par jour, je n'en ai plus que deux et demi, et je vais bientôt sortir.

Il paraissait très gai, plein de projets, parlait de venir nous voir tous au Cri, lors de son prochain rétablissement.

Il était à Necker, dans la salle Saint-Luc. À côté de son lit, une fenêtre avait vue sur des arbres, ce qui le consolait d'être alité. Le régime du lait, même coupé avec des queues de cerises, le consternait ; mais l'idée de sortir le lundi suivant, le faisait croire guéri.

Hélas ! il est sorti peu après, mais pour mourir dans son domicile, 68, rue Vandamme, où il avait son atelier. Il n'était âgé que de quarante-cinq ans.

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Lançon fut un peintre de mérite, très consciencieux, surtout un grand illustrateur et aquafortiste, et un très original animalier. Il réussissait tout spécialement les lions.

Certains de ses croquis ont l'importance d'un tableau. Dans l'arrière-boutique de l'ami Victor Richard, l'épicier français de Charlotte Street, j'ai vu une saisissante eau-forte de Lançon : trois soldats anglais servis par une barmaid, dans un public house.

En 1870, il avait suivi l'armée pendant la campagne et pris d'après nature, plusieurs dessins très renseignants. Avec la Rue à Londres et ses Animaux, cette Histoire de la Guerre de 1870-1871, est son œuvre maîtresse.

Enfin, il n'avait pas renoncé à la politique et, ces dernières années, s'était mêlé d'élections, avait patronné Alphonse Humbert, s'était présenté lui-même, mais comme « radical », et sans succès. Mais la politique, moi, vous savez... j'y mords pas !

Trublot.

Le Monde Illustré, 18 avril 1885

Nous avons le regret d'apprendre à nos lecteurs la mort de M. Auguste Lançon, un de nos plus anciens collaborateurs. M. Lançon excellait dans les scènes militaires émouvantes et dans les études réalistes des vieux quartiers de Paris ; il était en même temps un animalier distingué. La collection du Monde illustré renferme un grand nombre de ses intéressants dessins. L'artiste avait réussi également dans la peinture. Certains tableaux militaires exposés au Salon avaient attiré sur lui l'attention, ainsi que des tableaux d'animaux pleins de vigueur et toujours dramatiques. Les eaux-fortes de M. Lançon relatives au Siège et à la Commune sont des œuvres remarquables très goûtées des amateurs. C'est une véritable perte pour les arts et particulièrement pour les publications illustrées, où M. Lançon s'était fait des amis par son caractère désintéressé, franc et ouvert.


La Vie moderne, 18 avril 1885

AUGUSTE LANÇON

Notre collaborateur Auguste Lançon vient de succomber à l’atteinte de diabète dont il souffrait depuis quelques années.

Lançon était bien connu des abonnés de la Vie Moderne, ou il a publié un grand nombre de dessins. Il était surtout remarquable par la précision et la sincérité de ses croquis.

Vendant la commune, il faisait partie des troupes fédérées. Il s’était gradé capitaine et avait donné de sa personne comme un simple communiste dans toutes les rencontres où il y avait un mauvais coup à recevoir. Arrêté et conduit à Satory, il dut son salut à notre confrère, M. Marc, de L’Illustration.

Il y a quelques années, il se présenta aux élections municipales dans le quartier de la rue Vandamme. Bien que dénué de toute instruction primaire, il échoua, mais, il faut le dire, à un très petit nombre de voix.

Lançon était un très brave et très doux garçon, comme la plupart de ces terribles communards, que le gouvernement désintéresserait à peu de prix. Trinquet n’est pas une exception.

Mais l’artiste seul méritait de fixer l’attention, et c’est par un jugement sur l’artiste que je veux finir ces notes brèves. Si, à la sûreté du coup d’œil, Lançon avait joint le goût de l’arrangement et la science de la composition, il aurait pu être classé au premier rang des artistes de notre temps. Tel qu’il était, on a pu justement le considérer comme un des interprètes les plus vrais et les plus instructifs de la nature.

E. O.

Le Rappel, 16 avril 1885

Nous apprenons avec un vif regret la mort d'Auguste Lançon, décédé hier, à onze heures du matin, à la suite d'une terrible maladie — le diabète — dont il souffrait depuis longtemps. Auguste Lançon, qui maniait mieux le crayon et le burin que le pinceau, était un dessinateur et un aquafortiste d'une rare vigueur. Il laisse des œuvres remarquables comme sincérité et comme pénétration. Entre autres ouvrages qu'il a illustrés, on peut citer en première ligne : Histoire de la guerre de 1870-1871 ; la Rue à Londres; les Animaux.

Lançon était un vaillant républicain, un cœur solide et franc. Il sera vivement regretté de tous ceux qui l'ont connu.

Ses obsèques, purement civiles., auront lieu aujourd'hui mercredi, à quatre heures.

On se réunira au domicile du défunt, 68, rue Vandamme.