Signature d'Auguste Lançon

Lançon illustrateur de l'actualité (1872-1885)

Auguste Lançon - Les évènements d'Orient 1877

Les évènements d'Orient (1877)

Slatina

L'Illustration, 30 juin 1877
L'Illustration, 30 juin 1877

Les cosaques du 9e corps d’armée russe

Nous parlions tout à l’heure du passage du Danube. Ce sont les cosaques du 14e corps qui ont les premiers mis le pied sur le territoire turc et ont le plus contribué aux succès de la première heure qui devaient aboutir à la prise de Matschin. Il n’y a pas lieu d’en être surpris. Les cosaques sont d’intrépides cavaliers et ils ont une manière de combattre qui les rend très redoutables. On en pourra juger par les curieux dessins que nous donnons à ce sujet et que notre collaborateur, M. Lançon, nous envoie de Slatina, où campait naguère le 9e corps d’armée — baron Krudner, commandant, — qui se porte en ce moment sur le Danube.

M. Lancon a assisté aux mouvements d'ensemble du régiment de cosaques du corps, régiment commandé par le colonel Naguibine et il nous écrit que ces mouvements se font avec la plus admirable précision, bien qu'exécutés à fond de train. L'un de nos dessins représente une ligne de cosaques en tirailleurs qui, pour se couvrir, viennent de faire coucher leurs chevaux. À un son de trompette, partis au galop, les chevaux se sont arrêtés tout coup, se cabrant, pour s'abattre sous l'effort des cavaliers. Alors chaque cosaque se couche ou s'agenouille derrière son cheval et se sert de sa carabine. Car il est armé d'une carabine, ordinairement jetée sur le dos en bandoulière, et d'une immense et forte lance qu'il porte au poing. Pour se relever et repartir, bêtes et gens mettent moins de temps encore, si c'est possible, que pour se coucher. Notre dessin de page nous les montre ayant repris leur course fantastique et battant en retraite. Le cosaque, retourné sur sa selle, face la queue, fait feu, recharge son arme et tire de nouveau. De son cheval, bridé d'un simple filet, il semble n'avoir nul souci. Pour le diriger ses jambes lui suffisent avec un rouet court, dont il le frappe l'avant ou l'arrière-main, soit droite, soit à gauche, suivant les mouvements qu'il veut lui faire exécuter.

Voilà pour les manœuvres d'ensemble. Dans les manœuvres par groupes ou individuelles, le cosaque fait tout ce qui est possible de faire à son cheval. Sa monture qui lui appartient, est aussi docile que douce, mais l’étranger fera bien de ne s'en approcher qu'avec circonspection. La tente du cosaque est la même que celle de la cavalerie, qui n'est autre que la tente-abri française. Celle de l'officier ne diffère de la tente du simple cavalier que par la grandeur.

Nous avons dit que le 9e corps d'armée russe a quitté Slatina et est parti pour le Danube. Il marche dans la direction de Giurgewo. C’est de ce côté que le Danube sera vraisemblablement franchi par la masse des forces russes. Le passage à Braila et Matschin, n'aura été qu'une pointe laquelle les Turcs ne se sont du reste pas laissé prendre, et dont ils ne paraissent pas s'être inquiétés beaucoup.

La Sulina. — C'est au nord de la Dodbroudja, peu de distance de Matschin que commence le delta du Danube, composé de trois bras principaux, le Kilia, la Sulina et le Saint-George, par lesquels le fleuve se jette dans la mer Noire. La Sulina est le bras du milieu, le plus important, celui que suivent les bateaux vapeur.

Il a une largeur de 70 à 80 mètres et une profondeur de 5 à 7. Une partie de la flottille turque y est à l'ancre. On sait que dans la nuit du 10 juin cinq bateaux torpilleurs ont cherché à aborder les cuirassés en cet endroit. Cette attaque a échoué. Trois des torpilleurs ont été coulés, et les hommes qui les montaient, recueillis par les Turcs. Les deux autres ont pu s'échapper.

La Sulina glisse entre deux Iles que forment avec elle les autres bras du fleuve. Ces îles sont en partie couvertes par une forêt de grands roseaux peuplés d'un monde d’oiseaux aquatiques. On trouve là, en même temps que le canard et l'oie sauvage, la grue cendrée, le pélican, le héron, le cygne et l’ibis noir, ainsi nommé sans doute parce qu'il est vert. Le Delta a encore bien d'autres habitants, fort malfaisants ceux-là : le loup, le sanglier et pour finir par les plus redoutables, le cousin et... la puce !

LOUIS CLODION
L'Illustration, 30 juin 1877
L'Illustration, 30 juin 1877
L'Illustration, 30 juin 1877
L'Illustration, 30 juin 1877

L'Illustration, 30 juin 1877, détail de la page 420



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