Signature d'Auguste Lançon

Lançon illustrateur de l'actualité (1872-1885)

Auguste Lançon - L'exposition de 1878

L'exposition internationale de 1878

Fondations du Palais du Trocadéro
Travaux souterrains entrepris dans les anciennes carrières pour établir les fondations du Palais du Trocadéro
L'Illustration, 20 janvier 1877

L’exposition de 1878

L'ancienne falaise que formait jadis la butte de Passy venait mouiller ses pieds dans la Seine. Des travaux poursuivis à travers les siècles l'ont d'abord entamée pour le passage d'un chemin devenu une route ou cours, puis l'un des plus beaux quais de Paris. Il y a dix ans, ce qui restait fut abattu par la mine et le pic pour se transformer en une montée immense à pentes douces, à rampes semi-circulaires encadrant un escalier digne des géants.

Aujourd'hui, la hauteur appelée communément le Trocadéro, en souvenir de la prise du fort espagnol de ce nom en 1823, subit une dernière transformation nécessitée par l'Exposition universelle de 1878. Elle doit, comme nous l'avons dit à nos lecteurs, recevoir le palais des fêtes, les salles des conférences et les galeries d'exposition.

Or le Trocadéro est formé par des bancs peu près réguliers d'une belle pierre calcaire donnant un moellon fin, sec et résistant. À cause de ce fait reconnu depuis la naissance de Paris, le Trocadéro avait été de tout temps une carrière, dont les produits s'en allaient par bateaux dans l'intérieur de la capitale et, au fur et mesure que progressait l'exploitation, les galeries s'enfonçaient plus profondément sous le sol et serpentaient sous Passy et Chaillot jusqu'à des distances très grandes. À diverses reprises, quand on parla d'édifier un palais pour le roi de Rome et plus récemment, en 1866, on bourra ces carrières, c'est-à-dire que, par des puits s'ouvrant au niveau du sol supérieur, on les remplit de terre, de débris, de pierre et de plâtras dans le but de prévenir les éboulements, de remplacer ce qui avait été enlevé.

Quand les architectes et les ingénieurs du futur palais de l'Exposition voulurent établir leurs assises, ils n'ignoraient aucun des détails précédents, et l'examen de la butte leur fit bien vite reconnaitre qu'il fallait de toute nécessité retrouver le sol vraiment solide, le roc même, et, dans ce but, ils se décidèrent rouvrir les carrières. Notre dessin représente l'entrée de l'une des galeries déjà débourrée, c'est-à-dire débarrassée des déblais de toute nature que l'on a remplacés par d'énormes étançons de sapin et des boisages suffisamment solides pour prévenir tout éboulement. Puis, sur le fond mis à jour, une cuvette est creusée du fond de laquelle les maçons élèvent les piliers de fondations, larges comme des tours ou des donjons, qui porteront les murailles de l'hémicycle et constitueront une base immuable destinée à défier le temps. Une particularité à noter, c'est que le moellon qui sert l’édification des substructions comme des murs de refend des divers édifices du Trocadéro est emprunté à la montagne elle-même.


L'Illustration, 27 janvier 1877

Le débourrage des carrières du Trocadéro

Nous avons mis sous les yeux de nos lecteurs, dans notre précédent numéro, une vue des travaux de fondations entrepris dans les anciennes carrières du Trocadéro. Mais, comme bien on le pense, ces galeries souterraines qu'à diverses époques on avait bourrées et remblayées, ont dû être l’objet d'un travail absolument contraire quand il s'est agi de pénétrer dans leurs profondeurs. Ce travail à la fois considérable et délicat du débourrage s'est accompli sous la haute direction de M. Duval, l'ingénieur en chef de la commission de l'Exposition, par des moyens à la fois simples et puissants. La butte a été ouverte sur plusieurs points de son flanc méridional, les carriers ont commencé les premiers cheminements et pendant que les charpentiers plaçaient leurs étançons et leurs traverses, des lignes de rails pénétraient sous les galeries pour permettre à des wagonnets d'aller recueillir les déblais qu'ils ramenaient au jour. Actuellement, ce travail est bien près d'être achevé et ce qui a été extrait des carrières se transforme en matériaux de construction ou en terre de remblai que les wagons portent sur différents points de l'ancienne rampe.




Lançon illustrateur de l'actualité - 1872 - 1885