Signature d'Auguste Lançon

Le siège et la défense de Paris

Auguste Lançon - 46e bataillon de la garde

Avec le 46e bataillon de la garde nationale

Pour Lançon, sergent du 46e bataillon de la garde nationale, il s'agit sûrement de choses vues. La cantinière du bataillon, Mme Degrise, dont le témoignage a été recueilli en 1912, évoque les dernières opérations du bataillon dans les jours et heures précédant l'armistice et les derniers coups de fusil.

Derniers coups de fusil du 46e bataillon
Derniers coups de fusil du 46e bataillon
L'Illustration, 11 février 1871

Les derniers coups de fusil

Encore un souvenir à notre cher Paris combattant. Il est tombé sans le savoir, trompé sur lui-même, livré à l'ennemi dans un moment de fiévreuse ardeur, à l'heure où il rêvait le suprême combat de la délivrance.

Ah ! si le commandement s'était montré à la hauteur de l'héroïsme du combattant ! Et voyez maintenant que, au lieu de la trouée du salut, nous avons la trouée de la capitulation, nous entendons déjà de l'autre côté des lignes Prussiennes, jaillir la même pensée qu'à Paris.

Un habitant de Versailles me disait : — Ah ! si vous aviez vu le 19 janvier, les figures de l'État-major Prussiens à Versailles.

Un Parisien interné à Forges le jour de l’investissement, et qui n'a pu rentrer à Paris depuis quatre mois et demi, me disait :

—Ah ! si vous aviez donné un dernier coup d'épaule, le 2 décembre, les soldats prussiens eux-mêmes disaient, quelques jours, après, qu'ils n'avaient plus qu'à plier bagage !

Aussi le retour des avant-postes, sur tout le front de nos lignes, s'est-il opéré au milieu de mille témoignages de regrets, de colère et de douleur !·— Adieu ! notre cher Drancy ! disait-on dans cette ferme si vaillamment défendue, qui s'avançait, comme une sentinelle perdue sur les lignes prussiennes. Adieu ! le piège de Lavarenne-Saint-Hilaire, cette souricière de la boucle de la Marne, que les Prussiens n'ont jamais su boucler.

Nos derniers coups de fusil ont été tirés dans la nuit du 27 au 28 janvier, après que les trois Horaces de la défense, lignards, nationaux, moblots, avaient scellé de leur sang, dans la journée du 19, leur indissoluble alliance.

On sait que les lignards et les moblots reprochaient parfois aux nationaux de jouir du privilège de la réserve, en les appelant ironiquement à outrance !

Le 19, la réconciliation s'était faite sur le champ de bataille, en mettant, suivant le mot d'un troubad, « les trois têtes dans le même bonnet. »

Un exemple entre mille. C'était à Montretout. Le lieutenant Debacker, âgé de vingt-cinq ans, était à la tête des volontaires du 116e. Un officier dit :

— Eh bien, les guerre-à-outrance, allez-y donc ! Le jeune lieutenant se tourna vers ses hommes et s'écria :

— Allons- y, enfants ! Montrons ce que c'est que les guerre-à-outrance ! En avant !

Et, enlevant sa compagnie, il se jeta le premier vers l'ennemi, le sabre levé.

Il n'avait pas fait trois pas qu'il tombait, frappé d'une balle à la tête.

On ne put relever le corps immédiatement. Un garde, le frotteur du lieutenant, put seulement prendre son épée, pour sa famille.

Le soir, on transportait le corps du jeune officier, roidi, glacé, — les morts vont vite ! — et le bras tendu, dans le mouvement du commandement qu'il donnait . Il a fallu le briser pour le faire entrer dans la bière.

Le lendemain, tout le 116e bataillon assiste à ses funérailles, et dans le cortège on remarquait aussi des officiers de la ligne et de la mobile. Lignards à outrance et moblots n'avaient plus qu'une seule âme et une seule voix pour former la sainte trinité de la défense.

HENRI VIGNE
Gardes nationaux quittant la ferme de 
		Drancy après l'armistice
Gardes nationaux quittant la ferme de Drancy après l'armistice
L'Illustration, 11 février 1871


Le siège et la défense de Paris

Les dessins parus dans l'Illustration du 17 septembre 1870 au 25 mars 1871

 

Les dessins parus dans le Monde Illustré du 24 décembre 1870 au 25 mars 1871

 

L'affaire de Champigny

 

Lançon, sergent au 46e bataillon