Signature d'Auguste Lançon

Le siège et la défense de Paris

Auguste Lançon - Siège de Paris (1871)

Le Siège de Paris dans L'Illustration

11 février 1871

 

Lançon : habitants réfugiés dans leurs caves
L'Illustration

Les caves habitées pendant le bombardement

Dès que les habitants de la rive gauche de la Seine virent tomber sur tous les quartiers de cette région, depuis Grenelle jusqu'au Jardin des Plantes, cette pluie d'obus qui faisait de chaque maison une cible exposée aux projectiles de l'artillerie prussienne, ils s'empressèrent de prendre leurs dispositions pour échapper à ce péril de tous les instants. Un double courant se manifesta dès le premier jour. Les uns vinrent chercher sur la rive droite un abri et formèrent la grande colonie des Réfugiés. Les autres ne voulurent pas abandonner leurs habitations et persistèrent à séjourner sous le coup des projectiles, mais en cherchant un abri dans leurs caves.

Pour rester dans le vrai, nous ajouterons qu'un troisième groupe d'habitants s'obstina à braver l'ennemi, sans vouloir quitter les maisons et les appartements. Mais cette persistance n'était pas sans présenter les plus grands dangers. Un de nos amis, invité à dîner rue Madame, entendait, à la fin d'un modeste repas, son amphitryon exprimer le regret de ne pouvoir lui servir une bombe glacée.

À l'instant même, la bombe demandée venait éclater dans le jardin ; mais ce n'était pas une bombe glacée. Cet incident coupa net l'appétit des convives.

Ce sont là, en effet, des visites qui sont de nature à finir un dîner plus vite que l'arrivée qui troublait le festin du rat de ville et du rat des champs. Pour y échapper, la grande majorité des habitants s'est donc réfugiée dans les caves.

Tout un côté de Paris s'est ainsi condamné à la vie souterraine des mineurs. Adieu la lumière du jour ! Il faut vivre dans une nuit perpétuelle, et dans un temps où l'éclairage est loin d'être facile.

S'il nous est permis, un instant, au milieu des horreurs de ce bombardement incessant d'arrêter notre attention sur ces déménagements rapides et ces installations en camp volant dans les caves, nous pouvons dire que toutes les scènes pittoresques créées par la vie du siège n'ont jamais présenté un tel fouillis de tableaux fantastiques. On eût dit toute une population passant de la vie civilisée à la vie de bohême.

Nous présentons un de ces campements improvisés, dessinés d'après nature chez M. Oliva, rue d'Enfer, et notre gravure permettra à nos lecteurs de se représenter cette existence bizarre qui n'était qu'une veille perpétuelle et qui a duré tout un mois.

La plus belle cave revenait, bien entendu, de droit au propriétaire, et les locataires s'empilaient comme ils pouvaient. La durée du bombardement commençait à faire songer à des installations plus confortables. Ici, des réfugiés faisaient mettre du papier aux murs ; d'autres clouaient des étagères ; d'autres, enfin, cherchaient, au moyen de paravents, à diviser leur cave en chambres séparées.

Et le jour se pas sait bien tristement, bien longuement ! L'un des premiers soucis était d'obtenir un journal et de savoir les nouvelles. Mais les réfugiés avaient un moyen bien simple, suivant leur mot, de se tâter le pouls. On comptait chaque nuit le nombre des obus et on l'indiquait sur un tableau. Cent quinze, soixante-dix-sept, cinquante, deux cent dix, etc. C'était le thermomètre de la situation.

Quant aux vivres, c'était à qui n'irait pas les chercher, et pour cause.

— Allez donc chercher le pain.

— Merci ! hier le coiffeur en face a vu un obus emporter la tête du client qu'il rasait.

On arrivait pourtant à faire tant bien que mal un peu de cuisine, au moyen de poêles dont les tuyaux sortaient par les soupiraux. C'est ainsi que nous avons vu, à Montrouge, cette inscription au-dessus d'une porte :

Ne vous inquiétez pas ; c'est nous qui FONT la cuisine dans les caves.

P. P.

Quelques années plus tard, Lançon reprit son dessin sous forme d'eau-forte.

Lançon : Cave rue d'Enfer janvier 1871
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Le siège et la défense de Paris

Les dessins parus dans l'Illustration du 17 septembre 1870 au 25 mars 1871

 

Les dessins parus dans le Monde Illustré du 24 décembre 1870 au 25 mars 1871

 

L'affaire de Champigny

 

Lançon, sergent au 46e bataillon