Signature d'Auguste Lançon

Le siège et la défense de Paris

Auguste Lançon - Fabrication des munitions

Fabrication des munitions

Fabrication des munitions
L'Illustration, 7 janvier 1871
Fonderie des obus

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Un mot sur chacun de ces engins.

Le boulet est le projectile, de forme conique ou sphérique, en fonte de fer dont on charge les canons. Il y en a, bien entendu, de différents calibres, de diverses formes, suivant le calibre de la pièce qui lance le boulet.

Les boulets sont pleins ou creux ; les premiers n'éclatent pas, les seconds , appelés obus , éclatent en vomissant autour d'eux de la mitraille et des matières d'artifice enflammées . On se sert des obus avec succès contre les masses d'infanterie ou les lignes de cavalerie. Toutefois, dans le cas dont nous parlons, l'invention des mitrailleuses a remplacé avec avantage l'emploi des obus.

Notons en passant que les boulets rouges et les boulets barrés , si largement utilisés pendant les guerres du premier empire , sont tous à peu près mis de côté de nos jours.

La bombe est, comme l’obus, un globe de fer creux rempli de poudre, qui prend feu au moyen d'une fusée. Mais la bombe est d'une dimension plus grande que l'obus, et sa construction s'opère suivant certaines formes déterminées. Ainsi la bombe est percée d'un trou conique, appelé l'œil ou le goulot de la bombe. De chaque côté de l'œil se trouvent deux anses ou mentonnets dont on se sert pour introduire la bombe dans le mortier.

À l'œil de la bombe se place une fusée qui est remplie d'une composition assez lente à brûler pour donner à la bombe le temps d'arriver à destination avant d'éclater. Du côté opposé à l'œil se trouve une épaisseur appelée culot, ainsi disposée pour empêcher la bombe de tomber sur la fusée.

Les bombes ont généralement 32, 27 ou 21 centimètres de diamètre et pèsent 70, 50 ou 20 kilogrammes.

Les gravures que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs leur permettront de suivre chacune des opérations de la fabrication des obus. Cet établissement, qui appartient à M. Courtois, a donné à cette fabrication une activité prodigieuse, et devant un travail aussi considérable, il n'est personne qui ne se dise combien doivent être dévorantes les dépenses d'une telle production. Chaque boulet, chaque obus, chaque bombe est, en effet, d'un prix élevé, et nous entendons souvent des détonations qui représentent une dépense de 300 francs . C'est, vous le voyez, une couteuse musique que celle de l'artillerie ! On calcule que les Prussiens, depuis le bombardement, ont envoyé pour plus de deux millions de francs de projectiles.

Une seule maison de fonderie n'aurait pu livrer l'administration de la guerre l'énorme quantité de munitions dont elle avait besoin. Pour les munitions, comme pour les canons, il a fallu diviser le travail. Les principales maisons qui ont été chargées de ces importantes fournitures sont celles de M. Courtois, de Charonne, de M. Alexis Lepet, de M. Donzelle et de M. Dalifol. C'est assez s'il nous faut des montagnes de munitions, nous les aurons.

Le projectile Bazin

En présence des énormes progrès accomplis par l’artillerie, l'esprit d'invention s'est demandé s'il ne serait pas possible d'accomplir pour la fabrication des projectiles quelques améliorations. On s'en est occupé en Amérique, en Angleterre et en France, et c'est à nous que revient le mérite du premier perfectionnement réalisé que nous ayons à mentionner.

M. Bazin, qui a donné son nom au projectile dont nous parlons, est depuis longtemps avantageusement connu des lecteurs de l'Illustration. C'est lui qui a monté les appareils puissants qui ont permis de fouiller avec succès la baie du Vigo, et nous avons, à cette occasion, publié des gravures aussi curieuses qu'intéressantes , qui ont permis à nos lecteurs de se rendre compte de ces opérations extraordinaires . C'est encore M. Bazin qui a organisé, sur les hauteurs de Montmartre , ces appareils de lumière électrique qui permettent d'observer , dans leurs retraites profondes , les positions des ennemis.

M. Bazin n'est pas au bout de ses idées ingénieuses, et le projectile qu'il présente aujourd'hui va probablement provoquer une révolution dans l'art militaire. Le succès de ses opérations antérieures nous fait bien augurer de l'invention nouvelle.

Nous nous garderons bien d'analyser et de décrire l'engin que nous avons vu expérimenter, dimanche dernier, à la batterie des pièces de marine de Saint-Ouen. Mais que le succès vienne couronner les essais du projectile Bazin, et notre artillerie aura l'avantage de pouvoir communiquer à ses bombes une portée d'un tiers plus grande que celle qu'on leur donne aujourd’hui.

LÉON CREIL.

Le siège et la défense de Paris

Les dessins parus dans l'Illustration du 17 septembre 1870 au 25 mars 1871

 

Les dessins parus dans le Monde Illustré du 24 décembre 1870 au 25 mars 1871

 

L'affaire de Champigny

 

Lançon, sergent au 46e bataillon