Signature d'Auguste Lançon

Le siège et la défense de Paris

Auguste Lançon - L'affaire de Champigny - 3

L'affaire de Champigny - 3

L'ensevelissement des morts

Pour contextualiser le dessin de Lançon d'après Auguste Marc, il paraît utile de regarder d'abord le dessin paru dans le Monde Illustré.

Enterrements des morts à Champigny
Le Monde Illustré

Des éléments figurant sur le dessin du Monde Illustré sont communs avec celui de l'Illustration qui occupait une double page.

Enterrements des morts à Champigny
SIEGE DE PARIS - Enterrements des morts tués dans les journées du 29 novembre au 2 décembre, à l'angle formé par la route de Villiers et le chemin de fer du Tremblay, près Champigny — Croquis d'après nature de M. Aug. Marc

LES MORTS FRANÇAIS

Après les journées du 30 novembre, du 1er et du 2 décembre 1870

À M. Marc, directeur de l’Illustration.

« Mon cher ami,

« Vous m'avez demandé de raconter à vos lecteurs les trois journées que je viens de passer aux avant-postes prussiens, et je vous ai promis quelques notes sur ma triste mission.

« Voici mes feuillets, n'y changez rien.

« Si décousues que soient ces lignes, moins éloquentes assurément que votre beau dessin, elles auront du moins le mérite de tout récit sincère, écrit sur place et reproduit sans retouches.

« Cordialement à vous, - DE LA GRANGERIE. »

[…]

Jeudi

La neige est tombée en flocons drus et secs ; le paysage s'étend à perte de vue comme une mer infinie. Lorsque nous traversons Vincennes désert, nous croisons des groupes de mobiles; quelques hommes à cheval coupent de loin en loin les lignes de l'horizon ; la route est glissante, des tourbillons de fumée qui s'élèvent au-dessus des bouquets d'arbres indiquent çà et là un campement. Tout cela a un faux air de retraite de Russie qui est navrant.

Nous revenons à l'arbre 89, qui marque la limite assignée aux parlementaires ; on déblaie les fosses comblées par la neige et on commence à semer la chaux vive sur ces débris informes. Dieu me préserve de revoir jamais rien de pareil !

—- Est-ce donc sur ces fondements-là que l'on bâtit les monarchies ! s'écrie un sage indigné.

—- Moi, je déclare qu'il manque à cette place quelque chose, dit un de nos compagnons en frappant du pied le centre de ce cimetière.

— Quoi encore ?

— Une guillotine pour y faire monter les auteurs de cette guerre infâme, et je tirerais la corde avec une indicible joie.

—— Messieurs, dit quelqu'un, jetez les yeux sur le dessin qui vient d'être terminé ; il est à lui seul une protestation suffisante contre les horreurs de la guerre.

Si le burin des graveurs a bien traduit les impressions de l'artiste, en en jugera. Pour ma part, je ne sais si j'oserai tourner la page. Ces torses raidis, ces membres tordus, ces bouches grimaçantes, ces figures où le gel a mis ses plaques rouges, ces sourcils où le givre a neigé, ces informes épaves de la lutte, broyées, carbonisées, éventrées, ce lit épouvantable où la chaux vive s'étendra dans un instant, tout ce monstrueux tableau ne sortira jamais de ma mémoire. Rien n'y manqué : ni les flocons blancs qui tombent encore sans relâche, suaire immaculé sur cette boue humaine, ni les costumes noirs des ensevelisseurs résignés, qui se penchent une dernière fois sur la terre fraîchement remuée pour réciter le De profundis, ni la croix lugubre où l'œil distingue encore au crépuscule ces trois lignes blanches :

 

ICI REPOSENT
SIX CENT QUATRE-VINGT-CINQ SOLDATS FRANÇAIS
TOMBÉS SUR LE CHAMP DE BATAILLE.

Et derrière :

ENSEVELIS PAR LES AMBULANCES DE LA PRESSE,
8 DÉCEMBRE 1870.

 

Nos ennemis et nous-mêmes nous sommes trop vivement impressionnés pour pouvoir longuement parler à l'heure où l'armistice expire ; nous nous saluons froidement; ils reprennent, eux, la route de Villiers, et nous celle de Paris.

Il fait nuit noire ; le convoi retourne lentement dans  la direction de Vincennes; nous laissons derrière nous les morts glorieux, noblement tombés, pieusement ensevelis, martyrs ignorés de la sainte cause qu'ils défendaient, morts pour la patrie, et sans doute accueillis là-haut par l'infinie miséricorde de Celui qui élève les humbles et qui abaisse les triomphants.

DE LA GRANGERIE.

Champigny, 9 décembre 1870.

Il faut s'attacher au coin inférieur gauche de ce dessin. C'est à partir de lui que Lançon construira une gravure publiée à l'occasion du premier anniversire de l'armistiuce avec la Prusse puis le tableau refusé au salon de 1873 et les gravures de la Troisième invasion.

Enterrements des morts à Champigny - détail
L'Illustration, 17 décembre 1870
Lançon : L'ensevelissement des morts sur le champ de bataille de Champigny
L'Illustration - 3 février 1872

Le siège et la défense de Paris

Les dessins parus dans l'Illustration du 17 septembre 1870 au 25 mars 1871

 

Les dessins parus dans le Monde Illustré du 24 décembre 1870 au 25 mars 1871

 

L'affaire de Champigny

 

Lançon, sergent au 46e bataillon