Signature d'Auguste Lançon

Le siège et la défense de Paris

Auguste Lançon - L'affaire de Champigny - 2

L'affaire de Champigny - 2

Le dessin qui suit n'est pas de Lançon mais d'Auguste Marc, directeur de l'Illustration. Il était très rare qu'Auguste Marc, qui était un artiste de talent et qui avait mis sa carrière entre parenthèses pour diriger l'Illustration, figure en tant que dessinateur au sommaire du journal. L'importance de l'évènement que constituait l'offensive sur la Marne et la portée symbolique de celui-ci explique sûrement sa présence sur le terrain. Deux autres dessinateurs étaient présents MM. Gaildrau et Régamey. A eux trois, ils fournirent l'essentiel des dessins du numéro du 10 décembre 1870.

M. Marc donne ici une première représentation de l'enterrement des victimes de la bataille de Champigny.

L'Illustration, 10 décembre 1870

Le lecteur ne songe, le plus souvent, qu'aux survivants de la bataille. Mais une pieuse pensée nous commande d'accorder un souvenir à ceux qui tombent sous le feu de l'ennemi. Que de fois le modeste brancard qui sert à. l'enlèvement des morts et des blessés a passé sous nos yeux !

Pourquoi ne le dirions—nous pas ? Nous avons rendu les derniers devoirs à cinq de ces glorieux enfants de la mobile qui viennent d'écrire avec du sang leur nom dans notre histoire. Le curé de Saint-Maur, que nous avions vu, nous avait dit qu'il se tiendrait prêt pour enterrer dans le cimetière de sa commune les pauvres victimes qui auraient le malheur de succomber sur place.

Nous conduisions donc à leur dernière demeure, sur des brancards portés par des frères de la doctrine chrétienne, cinq malheureux mobiles tombés à Champigny. Nous allions‘ traverser le pont de Joinville, quand arrive un des bataillons des troupes de renfort que le général Vinoy conduisait sur le champ de bataille.

Rencontre poignante ! Les mobiles qui s'en allaient au feu avaient la sous leurs yeux ceux de leurs frères qui, le matin, portaient, comme eux, le chassepot. La mort si près de la vie ! L'émotion était douloureuse, et nous ne l'oublierons jamais.

Pour écarter cette cruelle image, nous avons prié le commandant qui marchait à la tête de ses soldats de vouloir bien nous accorder une halte de quelques minutes. Le commandant comprit, fit arrêter le bataillon, et nous pûmes continuer notre route, en dérobant notre convoi funèbre aux regards du bataillon.

Nous avons tenu à reproduire cette scène à la fois douloureuse et touchante, parce qu'elle fait bien sentir, par un fait saisissant, ce duel de la vie et de la mort qui se noue et se dénoue à chaque seconde dans la fournaise des combats !


Cet hommage aux morts donnera lieu la semaine suivante à un grand dessin de Lançon sur la base d'un autre dessin de M. Marc.


Le siège et la défense de Paris

Les dessins parus dans l'Illustration du 17 septembre 1870 au 25 mars 1871

 

Les dessins parus dans le Monde Illustré du 24 décembre 1870 au 25 mars 1871

 

L'affaire de Champigny

 

Lançon, sergent au 46e bataillon