Signature d'Auguste Lançon

Lançon et les Salons

Auguste Lançon au salon de 1875

1875

Peinture

N°1215 - Échappés de Sedan, route de Mouzon, le 1er septembre 1870, le soir

Source inconnue

La route de Mouzon était présentée dans la salle 17 du Salon. Dans la même salle figurait le tableau d'Edouard Manet "Argenteuil" pour lequel le Siècle écrivait dans un autre numéro : " Grandes qualités, mais l'eau a le double tort d'être trop bleue et d'être d'un bleu d'étoffe ".

Edouard Manet - Argenteuil

Le jury a oublié les batailles, ne les oublions pas.

C'est toujours notre dernière guerre qui en fournit les motifs. La prise d'armes au Mont-Valérien de M. Martin, forme un tableau d'une vivacité amusante. Ce qui est plus dramatique, c'est la Dernière heure du combat de Nuits, de M. Dupont, un nouveau venu, qui a été acteur dans la bataille, et qui, la paix faite, nous raconte ses impressions, le pinceau à la main. C'est le moment où les mobiles bordelais, conduit par M. de Carayon-Latour, envoient les dernières balles aux masses ennemies qui débordent. La scène est chaude. Les petits soldats sont touchés avec esprit, bien observés dans leurs habitudes et leurs types. Ils marchent, courent, font le coup de feu avec une ardeur qui réjouit.

Mais où le dramatique atteint toute son horreur, c'est dans la Route de Mouzon, de M. Lançon.

On est au soir de la bataille de Sedan. Sous un ciel sinistre, la plaine se déroule, semée de débris lamentables, charrettes, chevaux, morts et mourants. À la faveur de la nuit qui vient, quelques soldats, échappés au désastre, ont résolu de se frayer un passage, mais déjà les rondes de nuit prussiennes ; sillonnent les alentours, et il faut prendre garde de tomber dans leurs mains. L'angoisse du lieu et de la scène est admirablement rendue par le peintre. On le sait d'ailleurs familier avec ces épisodes. Il a suivi la campagne de Sedan et il en a écrit l’histoire pittoresque dans une série d'eaux-fortes qui sont toutes autant de chefs-d'œuvre.

Jules-Antoine Castagnary
Le Siècle, 5 juin 1875

Le tableau reprend, en  modifiant la perspective et en introduisant des personnages, un dessin précédemment paru dans l'Illustration dont Lançon fit également une eau-forte.

Aspect de la route de Mouzon
L'Illustration
Aspect de la route de Mouzon
Le Musée universel

N°1216 - Lionne terrassant un nègre

Aucune image de cette oeuvre

M. Auguste Lançon, — allez à la section de la gravure et vous ne vous lasserez pas d'admirer ces vingt eaux-fortes dont quelques-unes ont été publiées par l'Art, dont plusieurs autres ne tarderont sans doute pas à y paraître.

Si vous tenez à voir ensuite deux mauvais tableaux, deux tableaux exécrables, dois-je dire pour les qualifier comme le fait justement sa modestie, étudiez sa Lionne terrassant un nègre (n°1216) et les Échappés de Sedan, route de Mouzon, le 1er septembre 1870, le soir (n°1215).

Nous avons publié un dessin de l'auteur d'après cette vaste composition afin qu'on puisse juger à quel point elle est vraie, bien entendue, bien établie ; mais tous les mérites de M. Lançon dans ces deux ouvrages disparaissent aux yeux de quiconque les voit en peinture ; ils sont en effet complètement enterrés sous le plus abominable coloris que vous puissiez rêver.

J’en avais jugé ainsi dans l'atelier mais on était à la veille du délai fatal pour les envois, et le vaillant artiste en était arrivé à cette période où à force d'avoir son œuvre devant soi on ne la voit plus que très imparfaitement et on n’en distingue surtout que les défauts. Ses illusions n'ont pas été de longue durée ; l'ouverture du Salon a dissipé instantanément son aveuglement, et personne ne dira jamais autant de mal de son exposition que je lui ai entendu débiter sur tous les tons. De découragement, pas trace, il est rentré se remettre au travail et recommencer ces œuvres si radicalement manquées comme peinture ; comme M. Gavarni, il n'a vu dans son Salon que ses défauts et tous deux ne s'occupent qu’à les combattre ; ils en triompheront. C'est à ces natures droites et fermes, à ces caractères modestes et puissamment trempés qu’appartient l’avenir.

Paul Leroi L'Art : revue hebdomadaire illustrée – 1875 Tome 2 pages 210-211

Eaux-fortes 

Mais si l'on veut avoir une idée juste, poignante, effroyablement vraie de la guerre, il faut regarder les eaux-fortes que M. Auguste Lançon destine à un ouvrage de M. Eugène Véron, la Troisième Invasion. Je ne crois pas qu'on puisse serrer la réalité de plus près et qu'on l'ait jamais, en ce genre, rendue plus sinistre.

Goya est terrible sans doute, mais il touche presque au fantastique. M. Lançon, au contraire, demeure fidèle et simple, même quand il est le plus horrible. Voyez son tableau, les Échappés de Sedan. Il n'a point cherché une composition à effet : il a peint ce qu'il a vu, la route de Mouzon semée de cadavres, de chars, de débris et de Pauvres gens errant à travers ces détritus et ces morts. M. Lançon suivait la campagne des Ardennes en qualité d'ambulancier. Il a donc pris sur le vif même Cette funèbre église de Mouzon, encombrée de mourants, et ce sombre cortège d'habitants de Bazeilles que les Bavarois ont attachés avec des cordes, et qu'ils vont fusiller à deux pas des maisons fumantes, tandis que la musique joue un air de triomphe, un air d'Offenbach.

Ces eaux-fortes sont inoubliables. M. Lançon a gravé aussi, pour le journal l'Art, de superbes études de lions et de tigres. Cela est robuste comme certaines aquarelles du vieux Barye.

L'art et les artistes français contemporains avec un avant-propos
sur le Salon de 1876  et un index alphabétique... par Jules Claretie

Commentant les eaux-fortes, Castagnary dans le Siècle du 19 juin 1875 écrivait :

"Quant à celles de M. Lançon, si émouvantes, si dramatiques, c'est à une histoire de M. Eugène Véron, intitulée la Troisième invasion, qu'elles sont destinées. Rarement on aura vu, à propos d'une campagne, suite aussi importante et ayant un tel caractère d'authenticité. Faire aujourd'hui leur éloge est superflu. Le public, qui les voit édifier depuis quatre ans sous ses yeux, les connait.

Parmi celles qui sont exposées cette année, il en est, telles que L’Ambulance dans l’église de Mouzon ou le Convoi de prisonniers qui sont d’incomparables chefs d'œuvre."


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