Signature d'Auguste Lançon

Lançon et les Salons

Auguste Lançon - Salon 1873

L’exposition des refusés

Le Gaulois, 19 juin 1873
L'enterrement à Champigny © Musées d'Angers
Image modifiée numériquement pour une meilleure lisibilité, l'image réelle étant beaucoup plus sombre

Quelques jours après la bataille de Champigny, le 5 décembre, on signala la présence d'un assez grand nombre de cadavres des deux armées sur la ligne des ayant postes. Une suspension d'armes fut consentie. Les Allemands enlevèrent leurs morts et les frères de la doctrine chrétienne acceptèrent la tâche de rendre les derniers devoirs à nos soldats tombés sur le champ de bataille.

Pendant sept heures consécutives, on travailla à creuser sans relâche quatre larges tranchées ; et cette funèbre tâche se prolongea jusqu'à la chute du jour. Pendant la nuit la neige tomba en abondance et le matin on reprit courageusement l'œuvre interrompue. Les cadavres, raidis et blêmes, furent placés les uns près des autres et les fossoyeurs chrétiens achevèrent leur douloureuse besogne. C'est ce, lugubre souvenir que M. Lançon a retracé sur la toile.

Dans l'énorme fosse, les victimes du combat sont rangées côte à côté. Ils sont tous là, soldats de la ligne, artilleurs, marins, mobiles, vêtus de leurs habits souillés par la boue, le visage pâle, contracté par l’agonie, les yeux encore ouverts, les membres rigides, les points serrés, sanglants, hideux, tels que la mort les a surpris.

Armés de pelles les frères de la Doctrine chrétienne accomplissent leur triste, et héroïque travail. Ils rejettent la terre mêlée de neige sur les malheureux qui peu à peu disparaissent, enfouis pour tours. Quelques mains surgissent encore au-dessus du sol, come pour protester une dernière fois à l’heure suprême.

Œuvre terrible, épouvantable assurément ; mais un tableau vrai, senti, vu, pensé. Pils, Yvon et d’autres ont retracé les glorieuses pages des campagnes de Crimée et d’Italie ; notre cœur battait en contemplant ces grandes choses. Notre âme s’émeut aussi en retrouvant l’image de nos défaites.

Comme œuvre d'art, le tableau de M. Lançon nous impressionne vivement. Le groupe des frères espacés dans ce paysage où les arbres décharnés étendent leurs ramures vers un ciel sombre, est admirablement rendu. Sans doute, dans les cadavres du premier plan, le dessin est un peu brutal, la couleur n'est pas aimable, mais l'impression est rendue avec une puissance énergique.

Tandis le jury de peinture refusait l’Enterrement à Champigny, le jury de gravure accordait à M. Lançon une médaille de seconde classe pour des croquis à l’eau-forte qui retracent absolument les mêmes scènes du siège de Paris. Cette anomalie est à signaler.

M. Lançon a un autre tableau refusé. C’est un excellent morceau de peinture qui représente un dragon recouvert du grand manteau blanc, placé en vedette le long d’un mur, à l’entrée d’un village. La figure est énergique et le cheval est très bien étudié. À notre avis, le ciel est trop noir mais ce reproche est de mince importance.

Léon de Lora

Lançon et les Salons

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