Signature d'Auguste Lançon

Lançon et les Salons

Auguste Lançon au salon de 1873

1873

Peinture : tableau refusé

L’Enterrement à Champigny

L'enterrement à Champigny © Musées d'Angers
Image modifiée numériquement pour une meilleure lisibilité, l'image réelle étant beaucoup plus sombre

Une toile à effet s'il en fut, c'est celle qu'expose M. Lançon. C'est le soir d'un des combats sous les murs de Paris ; une grande fosse est creusée et se présente de face au spectateur. Dans la fosse, jetées pêle-mêle et conservant des attitudes déchirantes de colère ou de souffrance, les victimes de la journée ; des frères de l'école chrétienne lancent sur ces malheureux des pelletées de terre mélangées de neige. C'est d'un effet poignant et la conception du tableau fait honneur-à l'artiste. Ceci dit, je ne vois rien dans la peinture même qui explique la rigueur dont le jury a fait preuve en excluant M. Lançon.

Le Gaulois, 17 mai 1873

Deux grandes compositions de M. Lançon : un Dragon à cheval qui semble guetter l'ennemi au coin d'un mur, et surtout l'Enfouissement des morts, quoique peu achevé, ont de grandes qualités.

Une immense fosse est béante : on y a jeté pêle-mêle des soldats de toutes armes dont les cadavres demi-nus sont couverts de neige ou de boue. Le premier plan, qui n'offre que des pieds sales ou des chaussettes bigarrées, n'est pas à la vérité fort réjouissant, mais le fouillis des corps est assez bien rendu. D'en haut, des frères infirmiers lancent des pelletées de terre sur ce charnier humain. Le paysage supérieur est formé de plumeaux plantés dans la neige en guise d'arbres, mais l'ensemble est original et saisissant.

Le XIXe siècle, 18 mai 1873

Allons plus loin, j'entends un autre tableau qui crie justice et non moins fort : c'est l’Enterrement à Champigny, de M. Auguste Lançon. Nous sommes à l'un des bouts d'une longue et profonde tranchée creusée dans le sable d'une allée de forêt. Devant nous, les pieds en avant, allongés sur le dos et empilés les ans sur les autres, livides, crispés, tachés de sang et de boue, sont ceux qui tombèrent la veille dans la bataille, joyeux et confiants, ayant la certitude que leur général « ne rentrerait que mort ou victorieux ». Du haut du talus des hommes noirs, portant au bras la croix rouge, poussent des pelletées de terre sur les cadavres : ce sont les frères ignorantins. Plus haut encore, sous le ciel sinistre, volent des oiseaux noirs qui ne semblent pas les moins intéressés au lugubre drame : ce sont les corbeaux.

Pourquoi a-t-on refusé ce tableau où tout est irréprochable, la composition, la couleur, l'effet, et qui contient de si remarquables parties de coloris et de dessin, les frères notamment dont le mouvement est si juste, les morts dont le raccourci est si fortement exprimé ? Est-ce à cause du rendu ? Ce n'est pas admissible : M. Lançon est un artiste consciencieux dont une longue série d'études sur nature a façonné l'esprit et la main. Ce serait donc à cause du sujet ? Sans doute, il est terrible, mais il n'a rien de répugnant. Et puis qu'est-ce que le sujet fait au jury ? On ne le lui proposait pas pour sa salle à manger- Il n'avait qu'à laisser l'artiste s'arranger avec le public. À eux deux, ils se fassent bien vite entendus. L’Enterrement à Champigny est un tableau qui touche à notre histoire parisienne ; il raconte, dans le style qui convient et avec les traits caractéristiques que seul un témoin peut mettre, un épisode de la lamentable guerre : il a sa place toute marquée dans le musée que la ville élève à sa propre gloire, le musée Carnavalet. Au point de vue de l'art comme au point de vue de l'objet à remplir, la municipalité ne saurait faire d'acquisition plus avantageuse.

Jules-Antoine Castagnary
Le Siècle, 24 mai 1873

Lançon : L'ensevelissement des morts sur le champ de bataille de ChampignyMais je tiens à signaler, parmi ces œuvres refusées, une toile de M. A. Lançon, d'une vérité saisissante, farouche. Ce n'est pas du Cuirassier en vedette qui s'agit, mais de l'Ensevelissement des morts après Champigny.

M. Lançon avait déjà donné de cette lugubre scène un dessin dans l'Illustration. Sa peinture, un peu brutale, égale en vigueur son crayon. Je n'aime point ces frères de la doctrine chrétienne qui poussent dans la tranchée la terre mêlée de neige pour couvrir les morts ; leurs mouvements sont automatiques et ces personnages paraissent en bois ; mais la tranchée même, le tas de morts roidis, contournés, effroyables, est une chose étonnante de réalité et de hardiesse. Cela a été vu, pris sur nature. Cela est navrant et sombres comme les cadavres mêmes. Ces uniformes souillés, ces faces blêmies, ces bras levés qui semblent menacer ou supplier, ces jambes tordues, ces pantalons déchirés, ces pieds nus qui sortent des culottes rouges, ces bas rayés qui apparaissent là, tout donne à cette étude de charnier une puissance singulière. Voilà, voilà bien la guerre, ou plutôt, tels qu'ils sont, voilà les lendemains de la guerre et l'envers de la victoire.

L'art et les artistes français contemporains
avec un avant-propos sur le Salon de 1876
et un index alphabétique...
par Jules Claretie

Le tableau conservé par le musée d'Angers est de grandes dimensions : 2,02 m en hauteur, 1,48 m en largeur. Il provient dela collection Henri Jouin et aaurait été acquis en 1893. Il est actuellement placé en réserves.

Le musée Carnavalet à Paris détient une autre version de ce même tableau de dimensions plus réduites : 65cm x 46cm. Il est intitulé "Zouaves morts dans la tranchée. Scène de la guerre de 1870" avec ce commentaire : "Au Salon de 1873, Lançon exposait "Tranchée au Bourget" et "Tranchée sous Bagneux". Le tableau de Carnavalet est peut-être l'une de ces œuvres."

Ce commentaire est à l'évidence erroné. "La Tranchée devant le Bourget, janvier 1871" avait fait partie du Salon de 1882 et a été donné par la succession Lançon à la ville de Paris la veille de la vente Lançon. Ce tableau ne semble plus figurer dans les collections.

La "tranchée sous Bagneux" n'a, par ailleurs, pas été identifiée sous forme de peinture.

CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet

Il est probable que le tableau de Carnavalet soit une étude de celui d'Angers dont l'origine apparait mieux sourcée. Il se peut également que le tableau de Carnavalet soit le n°22 de la vente Lançon en 1888, ledit n°22 étant intitulé "Fosse de Champigny" et n'ayant apparemment pas trouvé preneur lors de la vente. D'autres études pour des tableaux plus connus demeuraient encore dans l'atelier de Lançon au moment de son décès.


Gravure et lithographie

Lançon présente une première série de 17 eaux-fortes appelées à figurer dans la Troisième invasion que prépare Eugène Véron. Pour ces gravures, il reçoit une seconde médaille (bien qu'il y avait des troisièmes médailles) qui lui est remise lors d'une cérémonie regroupant les artistes distingués présidée par M. Balbie, ministre de l'instruction publique, des cultes et des beaux-arts en novembre 1873.

  • 1 - Au petit Remilly, près Mouzon, 5 septembre 1870.
  • 2 - Faubourg de Mouzon, 30 août 1970.
  • 3 - Tranchée dans le Bourget.
  • 4 - Le Chêne populeux, 27 août 1870.
Lançon : Au chêne populeux
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
  • 5 - Chœur de l'église de Mouzon, septembre 1870.
  • 6 -Route d'Allemagne, Pantin, janvier 1871.
  • 7 - Entre Stonnes et Mouzon, 29 août 1870.
Lançon : Entre Stonnes et Mouzon, 29 août 1870
  • 8 - École communale de Villemontry, 31 août 1870.
  • 9 - Mouzon, 1er septembre 1871.
  • 10 - Fosses de Champigny, novembre 1870.
  • 11 - Boulevard de Montrouge, février 1871.
  • 12 - Chantourterelle (octobre 1870)
  • 13 - Boulevard de Montrouge, février 1871.
  • 14 - Tranchée sous Bagneux, novembre 1870.
  • 15 - A Bazeilles, septembre 1870.
  • 16 -Près de la fourche de Champigny, novembre 1870.
  • 17 - Route de Mouzon, 31 août 1870.

Lançon et les Salons

Compte-rendu des Salons

L'exposition des refusés

Les Artistes francs-comtois au Salon de 1879