Signature d'Auguste Lançon

Lançon politique

Auguste Lançon - Elections municipales partielles - 1879 (2)

Elections municipales partielles - 1879

Le Rappel, 4 mai 1879

14e ARRONDISSEMENT

Quartier de la Santé. - Une réunion privée très importante a eu lieu hier soir sous la présidence du citoyen Varennes.

Le citoyen Dieck monte le premier à la tribune. Il constate que le comité avait pris en considération la candidature du citoyen Laya, surtout parce que celui-ci s'était présenté sous les auspices de conseillers municipaux ; le citoyen Laya a même cité les noms de différents conseillers. Des protestations se sont déjà produites. Aujourd'hui, une nouvelle lettre arrive qui met complètement à néant les affirmations du citoyen Laya.

En voici le contenu :

Département de la Seine

Conseil général

Les conseillers municipaux et conseillers généraux soussignés déclarent qu'ils n'ont jamais engagé M. Alexandre Laya à se présenter comme candidat dans le quartier de la Santé et qu'ils ne soutiennent aucunement sa candidature.

Paris, 1er mai 1879.

Ont signé :

Vauthier, Alf. Lamouroux, Lafont, F. Hattat, E.-Th. Martin, P. Marais, L. Bonnard, Hovelaque, Alex. Lefèvre, Goudchaux, Bourneville, Collin, Henry Maret, Léonce Levraud, Ernest Brelay, Delabrousse, Deligny, Leneveux, Jobbé-Duval, Cernesson, G. Vouzy, Ulysse Parent, Georges Martin, de Heredia, Louis Combes, François Combes, Sigismond Lacroix, Braleret, Germer-Baillère, Jacquet, Cadet, G. Manet, Murat, Henricy, Cottiaux, Castagnary, Harant, de Lanessan. Cusset, Engelhard, Rety, Sick, Mathé, Arthur Hubbard, A. Blanche, Dujarrier, A. Rey, Marsoulan, Ernest Thorel, Paul Dubois.

Le citoyen Laya prend la parole et prétend que ce n'est pas de ces conseillers qu'il parlait, et que, du reste, il en est, affirme l'orateur, qui ont signé, ne voulant pas le soutenir officiellement, mais seulement officieusement.

Ces paroles sont accueillies par des murmures d'incrédulité.

Le citoyen Anlay prend la parole et annonce que le citoyen Laya a adressé, trois ans après le coup d'État de Décembre, une supplique à S. M. l'empereur Napoléon III pour obtenir une autorisation de faire un canal à Gibraltar.

Cette déclaration provoque un long murmure dans la salle. Le citoyen Laya ne désavoue point l'assertion du citoyen Anlay et donne des explications qui ne satisfont pas la réunion. Presque aussitôt il quitte la salle.

Le comité républicain qui avait soutenu la candidature, par l'organe de son président, annonce que le citoyen Laya n'est plus le candidat qu'il désigne au choix des électeurs.

(Approbation.)

Le citoyen Manier, candidat, lit sa profession de foi.

L'assemblée demande à entendre le citoyen Lançon, qui monte, à la tribune.

Il répond à plusieurs questions aux applaudissements de tous, et, sur la demande de plusieurs électeurs, raconte les détails de sa vie consacrée à la défense des intérêts démocratiques.

Il se retire au milieu des applaudissements.

La séance est levée aux cris de : Vive la République !

*
*     *

Voici la profession de foi du citoyen Lançon :

Citoyens,

Quelques-uns d'entre vous m'ayant fait l'honneur de m'offrir la candidature au conseil municipal, j'ai cru qu'il était de mon devoir de répondre à leur appel, et de vous faire connaître quelle serait mon attitude si j'étais élu par vous.

Tous mes efforts tendront à la revendication des libertés municipales compatibles avec les intérêts de la nation.

Je réclamerai :

1° La nomination d'un maire par le conseil municipal, responsable devant lui et chargé de la police de la ville ;

2° La publicité des séances du conseil municipal ;

3° L'instruction primaire obligatoire, gratuite et laïque ;

4° La fondation par la Ville d'écoles professionnelles pour les enfants des deux sexes ;

5° L'Assistance publique mise sous le contrôle direct du conseil et l'éloignement absolu de toute influence religieuse ;

6° Le dégrèvement du budget par la suppression des emplois inutiles, et la répartition plus équitable des charges qui pèsent sur les petits contribuables ;

7° Quant aux améliorations à réaliser dans le quartier de la Santé, j'insisterai surtout sur le dégagement de la place d'Enfer, qui rendra l'abord de l'a tenue de Montsouris plus accessible, et sur la création dans cette artère d'une ligne d'omnibus ou de tramways.

Dans l'ordre politique, je m'associerai à tous les vœux qui tendront à revendiquer la liberté absolue d'association et de réunion, ce qui est pour moi un des meilleurs moyens de résoudre la question sociale.

Enfin, je m'engage à me tenir fréquemment en rapport avec les électeurs et à les consulter sur toutes les questions importantes, notamment sur celle des emprunts.

A. Lançon

Le Petit-Journal, 5 mai 1879

Il y a aujourd'hui, dimanche, des élections pour le conseil municipal de Paris dans les quartiers de Bercy (12e arrondissement), et de la Santé (14e).

Dans le quartier de Bercy, le candidat patronné par le comité républicain est M. Jules Roche, rédacteur du Siècle-, il a pour concurrent M. Champeval.

Dans le quartier de la Santé, par suite d'un incident, M. Alexandre Laya s'est retiré: l'élection de M. Lançon, artiste peintre de talent, a donc les plus grandes chances de réussir ; il a des sympathies très méritées. Son concurrent est M. Monier.


Lançon est battu dès le premier tour qui voit l'élection de son principal rival.

Le Temps, 5 mai 1879