Signature d'Auguste Lançon

Les bas-fonds parisiens, l'envers de Paris

 A. Lançon : La Casserole

La Casserole

 

Auguste Lançon : La casserole
La Casserole

Un tremblement de terre vient de secouer Paris jusque dans ses fondements, et depuis ces jours maudits, chacun regarde au-dessous de lui, songeur et triste, et se demande ce qu'il y a au fond de ces abîmes des grandes cités qui ont, comme les volcans, leurs laves.

Nous sommes ainsi faits. Nous nous passionnons pour les Mystères de Paris ; nous lisons avidement les Misérables, et puis, c'est tout.

Essayons de descendre à. notre tour jusqu'à ces derniers échelons où le vice, l'ignorance, la misère, la paresse, l'ivrognerie, tiennent en permanence leur danse macabre. C'est en faisant pénétrer dans ces trous la lumière, que nous apprendrons à les connaître, et, le mal une fois connu, le remède viendra sans doute.

Tenez, voici notre première étape. Nous vous conduisons à la Casserole, un cabaret de chiffonniers, situé route de la Révolte. Qui le croirait ? À deux pas de l’Arc-de-Triomphe, au bruit de tout Paris allant au bois, il y a là une guinguette que vous voyez peinte d'après nature, intérieur et personnel.

Les biffins, après avoir chiffonné, s'en viennent là rire et boire. Quatre murs, ni banc, ni table, ni tabouret, ni chaise. À gauche, un trou ; par là arrive la lumière et par la passe aussi l'eau-de-vie.

La Casserole est la boîte en fer blanc où la mère Ponisse de l'endroit leur verse l'eau d'aff et le sacré chien. Un sou la casserole ! Deux sous la fine champagne ! De quel poivre peut bien se composer ce vitriol ?

Et ne croyez pas qu'il n‘y ait qu'un cabaret comme la Casserole à Paris. Suivez-nous dans notre itinéraire, et vous verrez combien de verrues s'étalent sur la face de Paris.

Henri Vigne
L’Illustration, 26 aout 1871