Signature d'Auguste Lançon

La Commune de Paris

Auguste Lançon - Construction d'une barricade

Construction d'une barricade

 

L'Illustration, 25 mars 1871

LES BARRICADES.

Dès le samedi, des barricades se sont élevées de tous côtés, à Montmartre, dans les faubourgs et autour de l'Hôtel-de-Ville.

La place de l'Hôtel-de-Ville est transformée en un immense camp retranché. Cent dix-sept pièces sont rangées en ordre excellent devant la grande Maison commune ; les caissons pleins de munitions sont placés un peu en arrière, comme dans le parc le mieux tenu.

On ne passe plus sur la place, des canons sont braqués sur toutes les voies aboutissantes.

Nous avons visité le plus grand nombre de ces barricades qui s'élevaient, on ne sait pas trop pourquoi ni contre qui, puisque le Comité central et la garde nationale fédérée restaient maîtres de la situation.

La circulation n'était pas interrompue, mais sur quelques points, les gardes nationaux fédéraux demandaient aux passants d'apporter un pavé à la construction.

Mais qu'on remarque le dessin que nous présentons. Ce sont surtout les gamins et les enfants qui montraient pour cette besogne une ardeur fiévreuse. Samedi à quatre heures, en haut des buttes Montmartre, nous n'avons même Vu que des enfants travailler à la barricade que nous représentons.

Dimanche matin, à la grande barricade de la rue de Rivoli, un garde national fédéré disait à un travailleur de douze à treize ans :

— Ne t'en va pas, petit ?

— Pas de danger, dit le gamin, j'aime mieux pas déjeuner et rester travailler.

Espérons qu'ils montreront le même empressement pour la défaire.

HENRI VIGNE.