Signature d'Auguste Lançon

Auguste Lançon devant le Conseil de guerre

Auguste Lançon après la décision du Conseil de guerre

Lettre de Lançon à Charles Habeneck

 

Dans son article de la Gazette des Beaux-arts consacré à Auguste Lançon en 1920, Charles Léger reproduit une lettre adressée par l'artiste à Charles Habeneck qui fut son compagnon de route durant les jours où il suivait l'ambulance de la Presse et avec qui il était rentré à Paris dès la nouvelle de la chute de l'empire et de l'annonce de la République connue.

Léger indique que cette lettre, écrite le 2 janvier 1872, lui a été communiqué par Lucien Descaves (1861-1949).

Pour mémoire, Charles Habeneck lorsqu'il publia le récit de son engagement dans l'ambulance de la Presse dans les colonnes du journal La Cloche, avait lancé un appel en faveur de Lançon alors détenu à Versailles :

"On m'apprend qu'à l’entrée des troupes de Versailles à Paris, mon camarade d’ambulance Lançon, le dessinateur de l’Illustration, que tout le monde connaît, a été arrêté. Je ne sais pas ce qu’on lui reproche, mais je sais qu’artiste de grand talent, c’est le plus honnête et le plus brave cœur que je connaisse. Il est parti des premiers porter secours au 88e, à Villemontry. Il a sauvé, à cet endroit, la vie et la liberté au capitaine Thomas, du 3e ou 4e lanciers. Lançon, bon, gai, franc, courageux, était le meilleur consolateur des blessés.

Dans ceux qui le gardent à Satory sous ce soleil de plomb, dans les officiers qui pourraient être condamnés à le juger, il y en a peut-être dont il a pansé les blessures et dont le sang, quand il les portait, coulait sur sa loyale figure. Un autre jour, je vous raconterai comment, pendant que Napoléon se rendait, Lançon fut forcé, par les Bavarois, de servir la messe des morts.

Au nom des soldats qui lui doivent la vie : Liberté pour Lançon !"

 

 

Saint-Claude, 2 janvier 1872

Mon cher Habeneck,

Je n'ai pas eu le temps, à mon retour de Versailles, d'aller vous remercier moi-même de ce que vous avez dit en ma faveur dans la triste situation où je me trouvais.

J'ai fait deux écoles terribles. Comme à Sedan, j'ai été un naïf et j'ai cru que de beaux programmes pouvaient s'exécuter à la lettre, ou, du moins, que ceux qui les affichaient y iraient de leur peau dans la bonne ou la mauvaise fortune de ces fameux principes ; j'ai dû me convaincre par expérience que je ne devais pas plus croire à la vertu des uns qu'au patriotisme que j'attendais de l'armée de Sedan.

L'expérience m'a coûté un peu cher, mais vu les situations dans lesquelles je me suis trouvé je dois m'estimer heureux d'en avoir été quitte à si bon marché ; car pendant quinze jours ma peau n'avait pas grande valeur, ayant été pris les armes à la main.

J'ai eu une chance incroyable de n'être pas fusillé et surtout d'être condamné ensuite à quinze jours de prison seulement.

Je ne suis pourtant pas fâché d'avoir vu tout ça, puisque ça s'est bien terminé. À mon retour à Paris, je vous conterai des choses bien curieuses et dont on ne se doute guère... »

Charles Habeneck, dont la vie fut encore plus courte que celle de Lançon (1836-1879) ne laissa apparemment aucun récit de souvenirs si bien l'on ne peut savoir ce que Lançon lui a éventuellement conté.