Signature d'Auguste Lançon

Auguste Lançon devant le Conseil de guerre

Auguste Lançon devant le conseil de guerre : rapport final

Rapport sur l'affaire de M. Auguste Lançon

Au terme de la procédure qui s'est limitée ici à un interrogatoire, à un recueil de pièces et à des vérifications, un rapport était établi. Ce document est l'équivalent l'ordonnance de renvoi établi parle juge d'instruction dans la procédure d'instruction actuelle. Il vise à synthétiser la procédure et à caractériser les faits qui peuvent être reprochés à la personne poursuivie.

Ici, le rapport est destiné au Commissaire du Gouvernement qui représente l'Etat à l'audience et constituera le fondement de ses réquisitions.

Dans le cas présent, le rapporteur, qui devait crouler sous la charge de travail, est allé au plus vite reprenant les éléments de défense qui seraient à coup sûr avancés et en retenant des faits qui, par leur seule matérialité, justifiaient poursuites et condamnation sans avoir à discuter, plus que de mesure, l'élement intentionnel.

 

Rapport sur l’affaire de M. Lançon Auguste
Dessinateur, demeurant à Paris, rue Campagne-Première, n°3
Laquelle a fait l’objet d’un ordre d’informer donné le 24 aout 1871

Lançon, dessinateur au journal Le Monde illustré, était pendant le siège de Paris par les Prussiens, sergent dans une compagnie du 46e bataillon. Lorsqu’arriva la Commune, son bataillon qui n’était composé que d’honnêtes gens, très modérés et presque tous établis ou propriétaires, voulut se consacrer entièrement au parti de l’ordre. Quelques difficultés survinrent à la suite de cette détermination prise en commun, et divers changements dans la personne des officiers en furent la conséquence.

Lançon, de sergent qu’il était, devint Capitaine de la 2e compagnie.

Le service au 46e bataillon consistait à monter la garde dans les différents postes du quartier.

Un certificat collectif pour tout le bataillon indique la conduite toute à son avantage qu’il a tenu pendant le temps qu’a duré l’insurrection, se refusant constamment de sortir de Paris lorsque l’ordre lui en été donné.

Le 46e bataillon reçut même le surnom de « bataillon réactionnaire ».

Diverses pièces du dossier attestent l'authenticité de ces renseignements, entre autres, un certificat de Monsieur Delamarche, ex-lieutenant-colonel du 46e bataillon.

Le 20 mai, hommes et officiers furent intercalés parmi d'autres troupes, obligés de marcher sous peine d'être fusillés et conduits à Passy. C’est là que dans la nuit du 21 au 22, jour de l'entrée des troupes régulières dans Paris, le bataillon qui voulait rester fidèle à son programme et à sa conduite pendant les événements se rendit tout entier sans armes à une compagnie du 91e de ligne.

Un certificat délivré par l’officier qui commandait cette compagnie atteste le fait de la reddition du 46e ; cette pièce est comprise dans le dossier de M. Paysan, ex commandant du 46e bataillon et dont l’affaire a été remise à la subdivision.

Tout en tenant compte de la conduite du 46e et de ses officiers pendant le cours de l’insurrection, et rendant à Lançon la part qui lui revient, on peut lui reprocher d’avoir occupé le grade de Capitaine alors qu’il n’était que sergent pendant le premier siège, et d’avoir perçu la solde de son nouveau grade, ce qui constitue une usurpation de fonctions en vertu des deux articles 258 et 259 du code pénal.

Versailles, le 17 septembre 1871
Le Rapporteur

Texte établi à partir du document conservé par le Service historique de la Défense

Conclusion du rapport