Signature d'Auguste Lançon

Auguste Lançon devant le Conseil de guerre

Auguste Lançon - Interrogatoire du 31 août 1871

Interrogatoire du 31 août 1871

L'ordre d'informer que Le Monde Illustré souhaitait voir arriver au plus vite afin qu'il soit statué sur le sort de Lançon toujours détenu, est enfin donné le 24 août. La phase judiciaire de la procédure va pouvoir commencer. Lançon qui est à l'Orangerie de Versailles, va être interrogé pour la seule et unique fois relatant notament les circonstances de sa reddition.

Cet interrogatoire montre à quel point les pages qu'Emile Bergerat consacrera à Lançon quarante ans plus tard dans "Souvenirs d'un enfant de Paris" relève de l'affabulation quant à sa fuite et sa participation aux événements de la "semaine sanglante".

Il ne dit rien cependant de ce que pouvait être les véritables sentiments de Lançon à l'égard de la Commune mais on peut imaginer que les multiples interventions émanant du Monde Illustré qui était peu suspect de sympathie à l'égard de la Commune et des Communards, auraient viser à protéger un "enragé".


Procès-verbal d’interrogatoire

3e Conseil de guerre permanent de la 1ère division militaire séant à Versailles

L’an mil huit cent soixante-onze et le trente un aout à 9 heures,

Devant nous, Falurier, Rapporteurs près le 3e conseil de guerre de la 1ère division militaire, assisté du sieur E. Michéa, Greffier dudit conseil, en la salle du greffe, sise à Versailles,

Avons fait extraire de l’Orangerie à l’effet de l’interroger, le nommé Lançon.

En conséquence, nous avons fait amener devant nous ledit Lançon que nous avons interrogé ainsi qu’il suit :

Interpellé de déclarer nom, prénom, âge, lieu de naissance, état, profession et domicile, répondu se nommer :

Lançon, Auguste, 34 ans, peintre dessinateur, 3 rue Campagne Première, né le 17 décembre 1837 à Saint-Claude (Jura), fils de Pierre Simon et de Amélie Lacroix, célibataire, sans enfant,

jamais condamné

Q. — Vous avez appartenu à la garde nationale et vous figurez comme capitaine de la 2ème compagnie du 46e bataillon, à quelle époque remonte la date de cette nomination ?

R. — Pendant le siège, j’étais sergent dans le 46e bataillon, j’ai été porté pour la médaille ; lorsqu’arrivèrent les événements de mars, c’est-à-dire le 18 ou le 20, nous voulûmes, les officiers et les hommes, restés formés pour la défense de l’ordre dans notre arrondissement.

Il en survint quelques difficultés à la suite desquelles quelques changements eurent lieu parmi les officiers. C'est alors que je fus nommé avec quelques autres au grade d'officier. Les nouveaux promus et les hommes prirent l'engagement de ne faire qu'un service spécialement affecté à l'ordre du quartier. En effet, le bataillon n'est jamais sorti de Paris. Et je dirais même qu'il était traité de réactionnaire par tous les autres bataillons.

Q. — En quoi consistait le service des compagnies de ce bataillon ?

R. — Les compagnies ne faisaient absolument que le service de postes du quartier. Ce service se renouvelait à peu près tous les 8 jours et était excessivement peu important, ce qui le prouve c’est que je n’ai pas cessé de continuer mes travaux de dessinateur dans les bureaux du Monde illustré et de l’Illustration.

Q. — Comment expliquez-vous votre arrestation à Passy, puisque vous dites que le bataillon avait un service intérieur à faire ?

R. — Depuis longtemps déjà, dans 5 ou 6 circonstances, je crois, le bataillon avait reçu des ordres pour sortir de Paris. Il y avait toujours eu de l’opposition de la part du commandant, des officiers et des hommes lorsque le 17 mai, un nouvel ordre arriva pour faire sortir le bataillon. Le Commandant s’arrangea encore de telle façon qu’il obtint de conduire les hommes au Champ de Mars. À peine arrivés au Champ de Mars le commandant a encore reçu un ordre pour aller à Neuilly. Tout le monde s’est refusé formellement à marcher. Le même jour, à un certain moment, on fit ranger en bataille devant les baraques du Champs de Mars que nous occupions, une grande quantité de gardes nationaux et pour nous faire marcher, on nous engloba parmi eux, c’est alors que nous sommes partis pour Passy. À peine arrivés un officier du 91e de ligne venait avec de la troupe, nous nous sommes avancés vers eux et nous nous sommes rendus. Pour attester ce fait, il existe au dossier du bataillon un certificat qui prouve la réalité de ce que je vous avance. Ce certificat a déjà été consulté par d’autres rapporteurs, il a été fait collectivement pour le Bataillon tout entier et au moment où nous nous sommes rendus et ce sur notre demande.

Un autre capitaine de mon bataillon qui se trouvait également détenu vient d’être remis en liberté à la suite de la présentation de ce certificat.

Un autre certificat signé une quantité considérable de personnes habitant le quartier, tous(?) gens notables, atteste également de la conduite de notre bataillon pendant les événements. Il est joint au premier.

Lecture faite a signé
Michéa, Lançon, Falurier

Texte établi à partir du document conservé par le Service historique de la Défense