Signature d'Auguste Lançon

Auguste Lançon devant le Conseil de guerre

Auguste Lançon : les interventions du Monde Illustré

Les interventions du Monde Illustré

Plus encore que l'Illustration, Le Monde Illustré montra son attachement à la défense d'Auguste Lançon et ses journalistes multiplièrent les interventions en vue de sa libération.

Le dossier de Lançon devant le conseil de guerre conserve la trace de trois interventions : une attestation jointe à celles de voisins et amis de Lançon rédigées sur une même feuille et deux lettres d'Edouard Hubert qui permettent d'apprécier le niveau des interventions puisque l'une d'elles émanait de l'entourrage du général Vinoy.

Dans ces documents, il est souligné la distance existant entre Lançon et les idées de la Commune.

Le Monde Illustré, totalement hostile à la Commune, ne se serait sûrement pas autant engagé s'il avait des doutes sur la réelle attitude de Lançon au moins à cette époque.

(Textes établis à partir des documents conservés par le Service Historique de la Défense)

 

Lettres d'Edouard Hubert, secrétaire de la rédaction du Monde Illustré

Lettre Le Monde IllustréMonsieur,

C’est à mon instigation que M. Lorédan Larchey, votre ami, vous a écrit hier en faveur de M. Lançon, l’un de nos meilleurs dessinateurs, que l’amour du galon a fourvoyé dans la garde nationale de la Commune.

D’après la personne qui vous a porté sa lettre, il y aurait une erreur dans l’indication de ses fonctions, ce qui est important pour sa défense.

M. Lançon était capitaine au 46e Bataillon, lequel, c’est un fait acquis, n’a pas donné durant l’insurrection.

Il a déjà été interrogé par un M. Marie, interrogatoire qui lui avait fait espérer une libération accordée déjà à plusieurs officiers de son bataillon.

Ce que nous demandons aujourd’hui de votre bienveillance, ce serait un ordre d’informer le plus tôt possible, notre protégé espérant par là abréger une détention très douloureuse.

M. Lançon est à Satory.

Si je vous écris moi-même c’est que je crains de ne pas voir Larchey aujourd’hui et que j’ai pensé que vous feriez à ma lettre l’accueil le plus bienveillant.

Je vous remercie d’avance au nom du journal de ce que vous pourrez faire et vous prie d’agréer l’expression de mes meilleurs sentiments.

E. Hubert
Secrétaire de la rédaction

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Lettre Le Monde Illustré 2Monsieur le juge d’instruction

Nous nous intéressons très vivement à M. Lançon, l’un de nos meilleurs collaborateurs, détenu à Satory depuis le 21 mai comme ayant fait partie du 46e bataillon de la garde nationale fédérée, lequel bataillon n’a voulu accepter durant la Commune que des services d’ordre et n’a pris aucune part à l’insurrection.

Nous ne saurions approuver M. Lançon de s’être placé étourdiment dans cette fâcheuse condition mais nous pouvons affirmer que dans tous les rapports que nous avons eu avec M. Lançon, il nous a toujours paru opposé aux idées de la Commune ne tenant cependant à rester dans sa compagnie pour la maintenir et en arrêter les excès.

Nous savons même que M. Lançon a prouvé plusieurs fois par son attitude ce que nous avançons, c’est ce que les pièces de son dossier et son interrogatoire pourront confirmer.

Si les antécédents honorables de M. Lançon qui s’est toujours conduit en galant home et si ces considérations pouvaient abréger la durée d’une détention qui lui devient très cruelle, nous vous serions extrêmement obligés, Monsieur le Juge d’Instruction, d’en tenir compte en ce qui nous concerne.

Veuillez agréer à l’avance tous mes remerciements avec l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Le secrétaire de la rédaction chargé de la partie artistique du Monde Illustré
E. Hubert

P.S. Vous devriez trouver au dossier de M. Lançon les mêmes renseignements de M. Charles Yriarte chargé du Monde Illustré jusqu’au moment du siège et depuis secrétaire du général Vinoy.

Le journal l’Illustration pour lequel M. Lançon travaillait également a de même déposé des pièces complémentaires en sa faveur que vous pouvez avoir entre les mains.

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Attestation

Nous nous joignons aux signataires de la présente note pour déclarer que dans nos rapports multiples avec M. Lançon, notre dessinateur, nous l’avons toujours vu opposé aux idées de la Commune, s’il est resté dans la garde nationale ce n’a été qu’à la condition de faire un service d’ordre.

Dès son arrestation les personnes les plus honorables se sont portées garantes de sa personne entre autres M. Charles Yriarte, secrétaire d’État-major du Général Vinoy, M. H. de M--- (illisible) attaché au Général de Cissey faisant alors fonction d’adjoint à la mairie du 5e arrondissement. Ces pièces devraient être au dossier avec celles de l’Illustration et du Monde Illustré lesquels journaux ont multiplié leurs démarches auprès de l’autorité militaire sans aucun succès. Nous venons répondre à nouveau de M. Lançon espérant être plus heureux et obtenir de la bienveillance de l’autorité sa mise en liberté.

Le secrétaire de la rédaction du Monde Illustré
E. Hubert