Signature d'Auguste Lançon

Auguste Lançon devant le Conseil de guerre

 Auguste Lançon - Lettre d'Auguste Marc, directeur de l'Illustration

Lettre d'Auguste Marc, directeur de l'Illustration

Auguste Lançon, incorporé dans le 46e bataillon de la garde nationale, devint avec la Commune un des hommes du 46e bataillon fédéré et accepta le grade de capitaine.

Le 46e bataillon fédéré, l'un des dix du 14e arrondissement, même s"il avait prêté allégance à la Commune, garda la plus grande distance possible avec celle-ci et n'accepta que des missions de surveillance dans le 14e, se refusant à toute sortie hors de Paris et à toute participation aux combats. Il fut vite qualifié de "Bataillon réactionnaire", appelation que ses officiers, dont Lançon, firent valoir pour leur défense.

Jacques Paysan, un limonadier, qui avait accepté le commandement du 46e bataillon, écrivait dans une lettre adressée à l'autorité militaire que l'hostilité des autres bataillons de l'arrondissement était telle que ceux-ci avaient affirmé ne vouloir sortir qu'après le 46e.

Dans cette même lettre, Paysan rapportait cet épisode :

"Ainsi, à un moment, mon refus d’obéir aux ordres de la Commune fut cause que la solde fut retirée au bataillon.

"Comme il y avait urgence à satisfaire les besoins d'un grand nombre de gens nécessiteux et afin de conserver l'indépendance du bataillon vis-à-vis de la Commune, je réunis tous les capitaines et sergents-majors et je leur fis la proposition d’employer l’argent du caissier de compagnie puis de chercher s’il ne serait pas possible de trouver une somme suffisante pour parfaire celle nécessaire.

"J’offris pour mon compte 500 fr, M. Schmidt, 500 fr, M. Lançon 200 fr, M. Lefèvre 200 fr.

"La somme en question n’ayant pu être réalisée, nous fûmes forcés d’abandonner cette combinaison."

Dans les tous derniers jours de la Commune précédant le 21 mai, la pression s'était accrue sur le 46e et celui-ci avait été envoyé au Champ de Mars d'où il devait être dirigé vers Neuilly encadré par d'autres bataillons. En fait, il s'arrêtera à Passy.

Toujours selon Jacques Paysan, arrivé à Passy, le 46e prit ses quartiers dans la maison de M. Cail, 11 et 13 rue de la Tour, sans attendre de recevoir les munitions dont il était dépourvu.

Pendant ce temps, les troupes régulières entraient dans Paris par la porte de Saint-Cloud laissée sans défense et se dirgeaient vers la barrière de Passy.

L'ensemble du bataillon qui avait délégué le capitaine Pannelier et un autre homme pour organiser la reddition drapeau blanc à la main, se rendit à un officier du 91e régiment de ligne après avoir déposé les armes dans la nuit du 21 au 22 mai 1871.

Les officiers du 46e furent conduits sur Versailles et Satory.

Dès le 1er juin 1871, Auguste Marc s'inquiétait du sort de Lançon et écrivait à l'autorité militaire.

 

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Paris, le 1er juin 1871

M. Lançon, artiste peintre demeurant à Paris, Montrouge, 3 rue Campagne-Première, fait prisonnier le 21 mai collabore depuis plusieurs années à l'Illustration en qualité de dessinateur et n'a cessé de travailler assidûment pour le journal jusqu'au moment de son arrestation.

Dès le début des troubles de Paris, j'ai eu l'occasion de constater que les sentiments de M. Lançon étaient loin d'être sympathiques à l'insurrection. Je l'ai entendu déclarer à plusieurs reprises que le bataillon de la garde nationale dont il faisait partie était hostile au Gouvernement de la Commune et que cette hostilité l'avait rendu suspect dans son quartier où le sentiment dominant était au contraire favorable à l'insurrection. C'était dans le but de résister à la tendance générale qu'un certain nombre de citoyens désireux de maintenir l'ordre s'étaient regroupés autour de M. Lançon et lui avait offert le grade de capitaine qu’il avait accepté.

M. Lançon, dans une lettre qu'il m'a écrit depuis sa captivité, m'affirme que son bataillon est allé au-devant des troupes dans l'intention de se joindre à elle dès leur arrivée, deux officiers porteurs du drapeau blanc, se sont présentés dans ce but et ont livré le poste occupé par le bataillon.

J’ai eu, je le répète, trop souvent occasion d’apprécier les opinions politiques de M. Lançon et son caractère pour ne pas ajouter la foi la plus entière à ses déclarations et me porter garant de sa parfaite honorabilité.

Le Directeur de l’Illustration
Augte Marc

 

Lettre d'Auguste Marc, directeur de l'Illustration, en faveur d'Auguste Lançon
Source : dossier Lançon - 3e Conseil de guerre
Service historique de la Défense.