Signature d'Auguste Lançon

Lançon illustrateur de l'actualité (1861-1870)

Auguste Lançon - Charrue à neige

Le chasse-neige

Lançon Charrue à neige employée dans le département du Jura pour le déblaiement des routes (1869)
Charrue à neige employée dans le département du Jura pour le déblaiement des routes
L'Illustration - 9 janvier 1869

Le chasse neige

Jusqu’à présent, l’hiver n'a pas été d’une rigueur excessive ; les pluies ont fait déborder les rivières, mais les gelées n'ont pas encore paru et la neige n'a pas couvert les toits et les rues de Paris.

Dans quelques départements de l’Est le froid est plus vif, grâce aux montagnes qui les couvrent, et très souvent les cours d’eau sont congelés, les eaux sont solidifiées, et le lit des torrents n'est reconnaissable qu’a une longue bande de glaçons accumulés.

Les forêts de sapins des Vosges, du Doubs et du Jura disparaissent sous la neige. Les arbres ressemblent à de gigantesques obélisques de marbre blanc avec leurs branches couvertes de givre ou de flocons.

Dans le Jura, lorsque la neige est abondante, qu’elle remplit les vallées, et s’élève quelquefois a une hauteur de plusieurs mètres, le voyageur n'a pour se guider que de grands poteaux plantés le long de la roule; souvent ces poteaux indicateurs disparaissent sous la neige; alors, il ne reste au malheureux égaré qu'a se confier au hasard, car rien ne pourra le remettre sur sa voie. Autant que possible, cependant, l’homme lutte contre la nature, et pour débarrasser en partie les chemins de la neige qui les recouvre, il s'est établi des coutumes qu'aucune loi n'a sanctionnées, mais qui ont conservé toute leur force à travers les âges; grâce aux services qu‘elles ont rendus et rendent encore chaque année.

Un traîneau, dont l‘avant forme un triangle, est attelé de plusieurs chevaux, sur son passage la neige s'écarte faisant la voie libre pour les voitures et les piétons ; les chevaux sont mis en réquisition et leurs propriétaires sont payés a raison de dix centimes par heure et par cheval.

Lorsque la couche de neige est trop épaisse, on met sur l’arrière du traîneau des pierres qui le maintiennent sur le sol.

Cette intéressante opération n'est pas particulière au Jura. Dans les départements du Doubs, des Vosges, de la Meurthe, elle est aussi appliquée et personne ne songe à protester. Quand le lourd véhicule arrive dans un village, les chevaux sont dételés; des chevaux frais, des hommes bien assurés prennent la place, et l’équipage se remet lentement en route, laissant derrière lui un large sillon noir au milieu de la neige blanche.

Auguste Lepage.