Signature d'Auguste Lançon

 A. Lançon : La retraite de l’armée des Vosges

La retraite de l’armée des Vosges

La retraite de l'armée des Vosges
L'Illustration, 17 février 1872
La retraite de l'armée des Vosges
La retraite de l'armée des Vosges

L'armée de l‘Est, déjà démoralisée par de précédents insuccès, par l'ordre de retraite du 18 janvier, par la disette de vivres dont elle souffrait cruellement, reçut le dernier coup par la dénonciation de l'armistice du 28.

Cette dénonciation fit sur elle l'effet d'une bataille perdue.

De ce moment, la retraite qui jusque-là s'était opérée avec assez d'ordre et quelque fermeté, sous la pression de l'ennemi acharné à sa poursuite, prit une tournure alarmante. Et il n'en pouvait être autrement avec de jeunes troupes rassemblées au hasard et à la hâte, à peine instruites, incapables de supporter les rudes fatigues de la guerre, et, par-dessus le marché, depuis trois semaines en durant les plus rudes privations que jamais armée ait eues à supporter.

Les vivres, en effet, manquaient complètement. Pas de pain pour le soldat, qui vivait comme il pouvait ; chaussé de sabots ou de souliers percés, parfois d'un soulier et d'un sabot, vêtu de loques, incapables de le protéger contre l'intensité du froid. De la neige et du verglas partout, des chemins à peu près impraticables pour les transports. C'était lamentable. Aussi vit-on les défaillances se multiplier. D'après le récit d'un officier d'état-major, il suffit de l'arrivée de quelques hulans à Frosnes pour faire rendre le bataillon des Pyrénées Orientales, de la division Seghars, qui revenait de grand'garde. Dégagé par quelques compagnies du 83e, ces soldats ne voulaient pas reprendre leurs armes ni se remettre en bon ordre, disant qu'ils préféraient être prisonniers que de continuer une telle vie de souffrances.

Dans ces conditions, la retraite se changea bientôt en déroute, puis en débâcle... du moins pour la plus grande partie de l'armée, celle qui se retirait par la route de Saint-Laurent à Saint-Claude. Il n'en fut pas de même pour l’autre partie, la division Cremer, qui, mieux conduite et mieux commandée, se replia lentement par Morez, en faisant bonne contenance, mit habilement entre elle et l'ennemi le fort des Rousses, et gagna ensuite paisiblement Gex, puis Bourg...

C. P.
L’Illustration, 17 février 1872

Souvenirs de la guerre de 70