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Auguste Lançon - Journée du 30 aout 1870 : bataille de Mouzon (1)

Journée du 30 aout : bataille de Mouzon (1)

Charles Habeneck :

Le mardi 30, à neuf heures du matin, l’empereur arriva de Raucourt. La rue étroite de Mouzon était encombrée d’artillerie ; il fallut tout arrêter encore pour laisser passer sa berline et la voiture de marmitons et de roussins qui ne le quittait pas.

A onze heures, nous entendîmes assez nettement le canon, puis avec une rapidité étonnante, le bruit se rapprocha ; nous aperçûmes bientôt au sommet de la colline, en face, les flocons de fumée blanche des obus, puis nous vîmes des masses de petits points noirs courant assez vite vers Mouzon. On se ferait difficilement idée de la bousculade qui s’ensuivit. Les officiers couraient après leurs régiments. Les chevaux qu’on pressait se cabraient et barraient les rues étroites. Les femmes du pays pleuraient et criaient.

— Voilà les Prussiens ! voilà la bataille.

Un bataillon du 22e reçut l’ordre de se porter en avant. Nous le suivîmes. Nous arrivâmes dans la plaine à un kilomètre de Mouzon, le long d’un potager enclos de murs.

Il n’y avait plus à en douter, c’était une déroute. Là où un quart d’heure avant on ne voyait que la fumée des coups de canon, on distinguait maintenant des coups de fusil. Nous rencontrâmes bientôt des soldats débandés.

— Trahis ! vendus ! criaient-ils.

— Que s’est-il passé ?

— Nous faisions la soupe à Beaumont, on avait donné l’ordre de nettoyer les fusils ; tout à coup les obus arrivent, puis les Prussiens, tout en même temps. Nous avons été massacrés ? Pas de grand’gardes, rien. O ! les gredins.


Abbé Emmanuel Domenech :

Mouzon est l'ancienne Mosomagus des Romains qui y avaient un établissement militaire. Ce district fut donné par Clovis à Saint-Rémi et devint le patrimoine des archevêques de Reims. Brûlée en 889 par les Hongrois, assiégée en 936 par Louis IV d'Outremer, prise à Hugues de Vermandois par l'archevêque de Trèves et l'évêque de Metz, après la déposition du roi, au concile tenu en 947 dans l'église de Saint-Pierre de Mouzon, cette ville fut très-célèbre au moyen-âge. Charles V lui donna ses armoiries : D'azur au donjon maçonné d'argent flanqué de deux tours de même, surmontées d'une bannière aux cinq fleurs de lys d'or.

En 1460, les ducs de Bourgogne furent reçus en grande pompe à l'abbaye de Mouzon. Plus tard, en 1504, le cardinal Georges d'Amboise, légat du Pape, eut dans cette ville des conférences avec les députés de Louis XII, de l'empereur Maximilien et de l'archi duc son fils pour concilier ces princes sur les différents qui les divisaient. François I", Henri IV et Louis XIII, la visitèrent également.

Assiégée en 1521, par le comte de Nassau, général de Charles-Quint, puis en 1591 par Turenne, Mouzon fut pris et repris une ou deux fois par siècle. Maintenant cette ville ne compte guère plus de 3,500 habitants ; elle est coupée en deux parties par une longue rue qui commence au faubourg, traverse la Meuse, le canal, et se termine à la porte de Bourgogne, vieux reste des anciennes fortifications. Sa cathédrale, monument historique, est un de nos plus beaux et de nos plus vieux édifices légués par le moyen-âge. Près de la cathédrale, et séparé d'elle par une petite place à moitié couverte d'arbres, existe un hôpital très-vaste pour une population aussi restreinte. Comme toutes les communes des environs de Sedan, Mouzon possède beaucoup de métiers à tisser le drap, des moulins et des fila tures. Son plus riche industriel est un M. Maret dont il sera question plus loin.

Le 30, l'empereur passa vers dix heures du matin et déjeuna, je crois, à Mouzon. Un homme, à la portière de la voiture impériale, faisait l'entonnoir avec ses deux mains et criait d'une voix de stentor : « Vive l'Empereur ! » Ce cri n'avait déjà plus d'écho. Une bonne partie de l'armée fit la soupe sur les hauteurs qui dominent la ville.

À midi moins cinq minutes, nous entendîmes tout à coup les canons allemands tonner au-dessus de Beaumont. Quelques instants après, des feux de tirailleurs, puis des feux de pelotons répondirent au canon ; enfin, la bataille prit des proportions inquiétantes pour nous. Les chemins qui conduisent à Mouzon se couvrirent de fuyards en manches de chemise ou en uniformes, de paysans et de blessés.

L'Illustration, 17 septembre 1870

Bataille de Mouzon.

En voyant notre dessin, le lecteur pourra être tenté de s‘écrier : Qui dirait qu'on livrait là une grande et décisive bataille ?

C'est qu'en effet, avec l'armement actuel, qui n'a pas assisté à un combat entre deux armées ne peut s'en rendre compte. Vous cheminez, je suppose, au fond d'une vallée, tout à coup, à perte de vue, vous voyez poindre de petits flocons de fumée blanche, et vous entendez de sourdes détonations. C'est l'artillerie qui engage la lutte. Où ? comment ? dans quelles conditions ? avec quelles forces ? Vous ne voyez rien. Mais, à cette distance, les hommes n'en tombent pas moins par milliers, et chacun voit combien a été désastreuse déjà la première campagne de cette horrible guerre !

Voici ce qui s'était passé.

Harassé par une longue marche dans la boue et des pluies incessantes, le corps de Failly arriva sous Beaumont dans la nuit du 29 au 30, après le combat de Belval-Bois-des-Dames. Quoique n'ayant presque rien mangé la veille, officiers et soldats préférèrent dormir que manger. Les troupes furent campées au bas de la ville ; dans un espace très-restreint, entassées pour ainsi dire les unes sur les autres, dominées de tous côtés par un cercle de collines qui ne furent pas occupées, même par des sentinelles. Aucune précaution ne fut prise pour veiller à la sécurité de ce corps, et le campement se fit dans des conditions détestables. Le lendemain matin, les soldats, par ordre supérieur ou sans ordre, je ne sais, se mirent à nettoyer leurs armes, d'autres allumèrent les feux pour la soupe.

A dix heures et demie, le général de Failly déjeunait chez le maire, M. Boquillon.

Si l'on en croit la chronique, ce maire, avare, envieux et poltron, s'était caché sous la paille quand les uhlans arrivèrent pour la première fois à Beaumont ; lors qu'il sortit de sa cachette, il demandait partout son chapeau, qu'il avait sur la tête. M. Auguste Drouin, fermier de Beaulieu, arriva chez le maire pendant le déjeuner du général. Ce fermier, homme très respectable, était allé voir sa ferme dans la matinée. En route, il rencontra ses valets d'écurie qui lui dirent : « N'allez pas plus loin, les Prussiens sont à Beaulieu, et nous nous sommes sauvés en les voyant venir. »

M. Drouin, sachant que le 5e corps était à Beaumont, revint sur ses pas pour avertir les Français de l'arrivée de l'ennemi. Près de la ville il rencontra des officiers de ce corps et les avertit du danger qui les menaçait. Ceux-ci lui répondirent avec insouciance : « Cela ne nous regarde pas ; avertissez le général qui loge chez le maire. »

M. Drouin se rendit de suite chez M. Boquillon, qui s'empressa de le présenter au général de Failly.

Voici le dialogue, presque textuel qui s'établit alors entre M. de Failly et le fermier :

— Général, les Prussiens sont à ma ferme, dans trois quarts d'heure ils seront ici.

— Êtes-vous du pays ?

— Je suis de Villemontry. Ma ferme est dans un bas fond, et comme vous pouvez occuper les hauteurs avant les Prussiens, vous les écraserez facilement.

— Ah ! vous êtes donc stratégiste ?

— Je ne pense pas, mais ce que je vous dis est simple et naturel.

Sur cette réponse, le général demanda à M. Boquillon si l'on pouvait ajouter foi aux rapports du fermier ?

— Certainement, répondit le maire, c'est un homme grave et très-respecté dans le pays. Je vous engagerai même à faire ce qu'il vous dit, c'est-à dire à prendre des mesures immédiates pour empêcher les Prussiens d'arriver à Beaumont.

— Ah bah ! répliqua M. de Failly, nous leur avons tué hier assez de monde, ils peuvent bien aujourd'hui nous mettre quelques hommes hors de combat. Allons, débouchons une autre bouteille.

Ces faits nous parurent si monstrueux, que nous nous décidâmes à ne les enregistrer qu'après quinze jours d'enquêtes et de contre-enquêtes. Du reste, ils ne nous surprirent pas. N'est-ce pas M. de Failly qui, on ne sait pourquoi, avait abandonné le 1er corps à Freschwiller, lorsqu'il pouvait, devait le soutenir et, peut-être, changer un désastre en victoire ?

M. de Failly, qui a fait une retraite honteuse de Bitche à Châlons, abandonnant les bagages de ses troupes et conservant les siens, perdant, éparpillant sa cavalerie sans brûler une amorce avec l'ennemi ?

M. de Failly, dont les soldats ont pillé les approvisionnements de l'armée et les bagages de l'empereur dans une gare ?

M. de Failly, auquel le Conseil des ministres avait enlevé son commandement pour le donner au général de Wimpffen..., mais assez sur cet homme fatal, continuons.

Le prince royal de Prusse, en apprenant le mouvement de Mac-Mahon, avait porté de front toutes ses colonnes sur la marche de flanc de notre armée. Cette hardiesse lui fut facilitée par les ponts que le général de Failly, qui marchait parallèlement avec nous, mais plus au sud, n'avait point fait sauter derrière lui. Le prince, par la rapidité de sa marche, gagna le temps que nous perdions stupidement à faire des étapes de tortue.

*
*     *

À midi, moins cinq minutes, les Prussiens arrivèrent dans la journée du 30, sur les hauteurs de Beaumont. En voyant nos soldats, la plupart en manches de chemise, aller à droite, à gauche, ne se souciant pas plus de l'ennemi que s'il n'existait pas, les Prussiens les prirent d'abord pour des paysans rassemblés à propos d'une foire : mais, en s'approchant davantage, ils virent le camp, les fusils en faisceaux et les batteries reluire au soleil. Alors ils firent pleuvoir sur ces malheureux, désarmés, une grêle d'obus qui éclataient au milieu de ces masses humaines et les foudroyaient impunément. Les bataillons, trop serrés dans leur campement, ne pouvaient se déployer en ordre de bataille ; ils recevaient la mort sans pouvoir la donner et se retirèrent précipitamment vers Mouzon.

En passant sur les collines boisées de Beaumont nos troupes virent les broussailles frémir et s'agiter comme au passage d'un troupeau de bêtes fauves ; des coups de sifflet résonnaient dans les taillis, comme lorsque le chasseur appelle ses chiens. C'était encore la mort qui planait dans les airs, qui planait dans les bois. Tout à coup, de nouveaux coups de feu retentissent sous le feuillage ; ils annoncent le carnage ; ils annoncent la tempête ; la voix imposante du canon excite l'ennemi caché qui se découvre enfin, noircit de ses multitudes l'herbe des vallons et vomit des torrents de feu, de fer, de plomb sur nos soldats qui tombent pour la patrie et meurent en criant : « Vive la France ! »

Après la surprise vint la stupeur, puis la panique. Le général de Wimpfen, parti la veille de Paris, arriva juste au moment de la déroute, rallia les fuyards, pressa la marche des convois dont les voitures s'entassaient sur une seule route, et parvint à mettre un peu d'ordre dans la retraite. Des chefs ayant perdu l'espoir de rétablir dignement le combat, avaient déjà fait retirer leurs régiments ou leurs bataillons, en maintenant l'ennemi à distance ; mais cette retraite qui s'opérait sur toute la ligne, ne se fit pas sans de nouveaux malheurs.

Nos chasseurs à pied, pris de loin pour des Prussiens, reçurent des volées de chassepot qui leur tuèrent beaucoup de monde ; le 58e de ligne, déployé en tirailleurs, fut également très malmené par nos propres soldats.

Pour éviter de telles méprises, fréquentes avec les armes à longues portées et les combats à grandes distances, les officiers allemands étaient munis d'excellentes jumelles ; mais chez nous, à part quelques officiers supérieurs, personne n'en avait. Les jumelles comme les cartes, ont joué un rôle très important dans cette guerre ; malheureusement, nous étions dépourvus des unes et des autres.

Tandis que le corps de Failly, maltraité de la sorte, arrivait à Mouzon, celui du général Douay se dirigeait sur Remilly, route de Sedan ; quand au 12° corps, il suspendit sa marche en avant et protégea du feu de ses batteries la retraite de nos troupes. Pendant ce temps, on nous amenait des quantités de blessés ; les uns se traînaient comme ils pouvaient, les autres étaient transportés par leurs camarades.

En un instant le service médical de notre ambulance fut organisé, et l'hôpital se transforma en un établissement sans nom, dans lequel on ne voyait que du sang, des membres mutilés, des têtes cassées et des chirurgiens en tabliers blancs maculés de rouge.


Eugène Véron, La Troisième Invasion :

Pendant la bataille, l'ambulance de la Presse avait établi une sorte de station médicale à la porte de Mouzon. A quelques pas du pont s'embranche un chemin qui se dirige à gauche vers Villemontry ; c'est là, au commencement de ce chemin, dans l'enclos d'une propriété particulière, où se trouvaient des amas de bois et de planches, que vinrent s'établir les médecins. Les ambulanciers allaient chercher les blessés, les rapportaient à cette station; après un premier pansement, on les renvoyait aux ambulances de la ville. Une autre station du même genre était établie dans le village de Villemontry, C'est dans les ambulances qu'il faut aller, au milieu des blessés, quand on veut se faire une idée à peu près exacte des horreurs de la guerre. Sur les champs de bataille règnent une excitation, un mouvement, qui ne laissent guère de place à la réflexion; le crépitement des coups de fusil, le grondement du canon,


Abbé Emmanuel Domenech :

Je me rendis dans la plaine avec notre omnibus pour transporter plus promptement les blessés à l'hôpital ; une fois l'omnibus rempli et reparti, je pris, en attendant son retour, des charrettes, des voitures à bras et toutes espèces de transports que je trouvais au faubourg. À mesure que des blessés arrivaient ou tombaient près de nous, nous les placions sur ces véhicules et nos infirmiers les conduisaient à l'hôpital.

Vers quatre ou cinq heures de l'après-midi, étant entré dans une pauvre cabane battue par une pluie de balles, j'y vis un brave chirurgien-major finissant de panser un sergent frappé à la tête, au bras et à la poitrine. Cet homme ne pouvant se tenir ni debout ni couché, le chirurgien le fit asseoir sur une charrette, à côté de deux autres blessés, et me pria de soutenir le sergent dans mes bras jusqu'à l'hôpital où des paysans nous traînèrent. Il était temps que je revins à Mouzon, les balles et les obus rendaient le faubourg intenable.

Au reste, la besogne ne me manquait pas ailleurs ; si nos trente médecins étaient tous occupés à extraire des projectiles, amputer des membres et panser des blessures, le curé de Mouzon, ses deux vicaires, deux aumôniers d'infanterie de marine, l'abbé d'Hultz, aumônier volontaire, l'abbé Loizellier et moi, nous ne cessâmes de donner les secours de la religion jusqu'à une heure très-avancée de la nuit, aux plus dangereusement atteints.

La conduite du corps médical de l'ambulance de la presse, pendant tout le temps qu'a duré la bataille, a été sublime de sang-froid et de dévouement ; je dirai plus, elle m'a fort étonné. En effet, c'était la première fois que ces jeunes chirurgiens entendaient le bruit du canon et de la fusillade; ce bruit était effrayant, même pour de vieux soldats, car nous étions entre deux feux, entre deux armées.

Les Français, dans Mouzon et sur les hauteurs qui dominent la ville, tiraient sur les Prussiens établis dans le faubourg et la plaine le long de la Meuse. L'ennemi ripostait sur toute la ligne en faisant un feu d'enfer. Les balles sifflaient autour de nous et s'aplatissaient contre l'hôpital et l'église; les obus éclataient dans le jardin de l'hospice, contre les murs, au-dessus de nous, l'une vint éclater dans une de nos salles, au moment où M. Pomier faisait une amputation, et blessa deux personnes ; de ma vie je n'avais entendu pareil sabbat ; pourtant, nos chirurgiens firent leurs pansements avec autant de calme, de soins et de présence d'esprit que s'ils se fussent trouvés tranquillement à Paris dans une salle de clinique.

M. Sée, seul, était excessivement ému ; ce qu'il voyait et ce qu'il entendait le rendit vert comme un cadavre. La vue de tous ces hommes mutilés, couverts de sang, et le bruit de la mitraille l'impressionnèrent au point que lorsque l'obus éclata dans notre salle, il faisait tellement pitié à voir qu'on dut le conduire à la cuisine, lui faire prendre un bouillon et le coucher sur un matelas.

L'abbé Loizellier avait été mis près d'une porte, donnant sur la place, afin d'empêcher les poltrons de se réfugier à l'hospice et de marcher sur les blessés étendus à terre les uns contre les autres, jusque sous les lits. M. Piquantin passant près de l'abbé, pendant une minute de répit, lui demanda s'il avait peur !

— Tâtez-moi le pouls, répondit mon collègue, en lui tendant le bras, et voyez-vous même s'il bat plus fort que d'habitude ?

Si le pouls de l'abbé était celui d'un homme qui a la conscience tranquille et ne redoute pas la mort, celui du prince de Sagan devait être moins régulier.

Ce personnage que les feux de peloton et les éclats d'obus n'amusaient pas plus que M. Sée, nous parut plus mort que vif ; craignant que les lumières ne servissent de point de mire aux batteries prussiennes, il fit éteindre les bougies allumées à la chute du jour, de sorte que les pansements furent suspendus au grand désespoir des blessés et au grand regret de nos chirurgiens.

La bataille continuait malgré l'obscurité, elle continuait à la lueur d'un incendie allumé par des obus prussiens, près du pont. Six ou sept fois, un capitaine d'artillerie, dont le nom m'échappe, commandant une batterie de mitrailleuses qu'il pointait lui-même, balaya le pont envahi par l'ennemi ; six ou sept fois les Prussiens revinrent à la charge et furent massacrés. C'est la bravoure de cet officier qui empêcha l'ennemi d'entrer ce soir à Mouzon et permit à nos troupes d'évacuer la ville sans être inquiétées.

Tandis qu'on se battait, les généraux Dejean et Dijon, logés chez M. Maret, regardaient la bataille avec leurs lorgnettes, par une fenêtre, et un de leurs aide-de-camp touchait du piano dans le salon de M"° Maret ; celle-ci indignée, le fit taire !

Au moment de la retraite, ils partirent avec tant de précipitation, que l'un d'eux oublia jusqu'à ses bottes ornées d'une magnifique paire d'éperons dorés.

Vers huit heures du soir, nous eûmes la honte d'entendre sur la place de l'église le colonel du *** d'infanterie de ligne crier : « Sauvons-nous ! »

Un instant auparavant, nous avions vu sur cette même place deux bataillons qui chargèrent les Prussiens aux cris de : « Vive la France ! » Ces divers incidents méritent d'être racontés, ils dépeignent le côté qu'on peut appeler intime de la guerre, côté tantôt héroïque, tantôt ignoble, mais toujours douloureux.

Une scène qui nous impressionna pareillement beaucoup, se passa sur les bords de la Meuse, dans la soirée. Un cuirassier arriva ventre à terre des bois de Beaumont sur les bords de la rivière à travers une grêle de projectiles ; apercevant nos tirailleurs échelonnés le long de la Meuse, il leur demanda s'ils connaissaient un gué ? Sur leur réponse négative, il chercha longtemps puis, n'en trouvant pas, il mit son cheval à la nage et disparut sous l'eau pour ne plus reparaître.