Signature d'Auguste Lançon

Auguste Lançon - Journée du 29 aout 1870 : vers Mouzon

Journée du 29 aout : vers Mouzon

Abbé Emmanuel Domenech :

Le lendemain matin, des uhlans conduits par deux Belges et deux déserteurs du canton, vinrent piller quatre fermes situées près de la commune. [Beaumont]

Ne voyant pas arriver mon ambulance, je priai M. Zborowsky, venu avec moi pour préparer des vivres et du logement, d'aller à sa recherche. Il partit et revint à midi m'annoncer que l'ambulance et toute l'armée se dirigeaient sur Mouzon. Je me mis aussitôt en quête d'une voiture et d'un cheval pour rejoindre mes compagnons. Au moment où j'allais partir, je vis tout-à-coup la population effarée, se sauver de tous les côtés en criant : Les Prussiens, les Prussiens ! Au feu, au feu !...

En effet, ce n'était point les Prussiens, mais le feu qui venait de se déclarer dans une maison.

Le feu éteint, je partis pour Mouzon, en traversant les bois d'où le lendemain, l'ennemi devait écraser le corps de Failly.

J'étais précédé par les cuirassiers, les chasseurs et l'infanterie de marine qui se rendaient à Mouzon. Je ne pus me défendre d'un sentiment d'admiration, en voyant ces hommes qui, depuis six jours et six nuits, pataugeaient et vivaient dans la boue, sous une pluie battante, qui n'avaient pu se déchausser ni se sécher depuis leur départ de Reims, et s'en allaient sous un rayon de soleil en chantant les Girondins et la Marseillaise. Ils ne cachaient guère leurs mouvements. L'ennemi était là, n'importe ; les clairons sonnaient la Casquette du père Bugeaud, ils sonnaient de joyeuses fanfares, et le vent portait sur ses ailes ces notes guerrières qui témoignaient que nos troupes ne se cachent pas, qu'elles marchent en plein jour, le front haut et qu'elles ne se faufilent point dans les bois, craignant la surprise, craignant la mort. En présence d'un pareil ennemi c'était imprudent mais sublime.


Charles Habeneck :

Source inconnue

Le lundi 29, vers midi, il se fit du bruit dans Stonne. Je courus voir. C’était Napoléon III qui allait partir. Devant la maison, quelques cent - gardes, puis des aides de camp, une voiture, sorte de grand omnibus, des marmitons en grand costume blanc y montent, fumant des cigares énormes. On amène un cheval alezan que Paris connaît, on place l’animal près de la porte ; tout d’un coup on semble jeter dessus une masse galonnée — et d’un blond écœurant. — Napoléon vient d’être mis en selle. Il fume lentement une cigarette dont il chasse la fumée par les narines et semble indifférent à tout ce qui l’entoure. Il part. On salue à peine.

– Tiens, v’là Badinguet ! dit tout haut un soldat en se rangeant près du mur.

Il y avait cependant quelque chose dans l’air. On sentait que le moment approchait, qu’il allait se passer des choses extraordinaires. Nous n’étions plus qu’à deux étapes de Stenay et de Verdun.

C’était là que devait se faire la fameuse jonction avec Bazaine.


Abbé Emmanuel Domenech :

À trois heures de l'après-midi, — 29 août, — j'assistai à l'affaire de Belval-Bois-des-Dames, pendant laquelle le corps de Failly, surpris par les Prussiens, essuyaient quelques pertes insignifiantes. Quoique cette rencontre ne fut pas sérieuse, elle indiquait néanmoins au commandant du 5e  corps que les Allemands étant sous ses talons, il devait mieux se garder.

Bataille de Mouzon : premiers engagements
L'Illustration, 17 septembre 1870

L'armée de Mac-Mahon s'arrêta de nouveau à Reaucourt, abandonnant définitivement la ligne de Montmédy, elle ne passa la Meuse que le 29 et le 30 pour camper sur les hauteurs de Mouzon, c'est-à-dire qu'elle mît encore deux jours pour faire vingt-quatre kilomètres.

Le soir du 30, sa tête de colonne s'avança jusqu'à Carignan ; puis, traçant subitement un angle aigu, elle revint en arrière pour se porter sur Sedan, situé à douze kilomètres environ au nord de Reaucourt. Pareils mouvements sont tellement incompréhensibles qu'on a pas encore cherché à les expliquer. Le général de Failly avait mission de se porter sur Beaumont afin de protéger notre passage de la Meuse ; ce passage prit toute la journée du 30, car on ne se donna pas la peine de jeter des ponts, soit sur bateaux, soit sur chevalets, pour éviter les encombrements et les retards, on se contenta du pont unique qui existe à Mouzon.

Pendant toute la campagne le génie militaire s'est montré à la hauteur de l'intendance, il a témoigné un profond éloignement pour la construction des ponts nécessaires au passage rapide de l'armée, et la destruction de ceux sur lesquels l'ennemi devait passer, il en est de même du tunnel de Saverne, des autres tunnels et des routes dans les Vosges, dont la destruction aurait considérablement retardé la marche de l'ennemi. Le génie s'est contenté de faire sauter les ponts et les viaducs qui nous étaient utiles et dont les Prussiens n'avaient que faire.