Signature d'Auguste Lançon

Auguste Lançon - Lançon qui avait disparu, réapparait

Lançon qui avait disparu, réapparait

L’Illustration | 27 aout 1870

Nouvelles de nos collaborateurs

La note insérée dans notre dernier numéro, et qui signalait la disparition d'un de nos correspondants du théâtre de la guerre, M. Lallemand, n'est pas restée sans résultat.

Dès le lendemain de sa publication, nous recevions de M. Bernaud, propriétaire de l'Hôtel de Rouen, à Paris, une lettre qui nous rassurait pleinement sur le sort de notre collaborateur.

Cette lettre, adressée par M. Bernaud au journal le Soir, qui avait reproduit notre note, nous annonçait que « deux chirurgiens, arrivés à Paris après avoir été faits prisonniers à la bataille de Wœrth, et renvoyés de Cologne en France par suite de la convention de Genève, avaient vu, trois jours auparavant, M. Lallemand à Haguenau, en très-bonne santé, mais ne pouvant communiquer avec la France. »

Nous remercions chaudement M. Bernaud de l'empressement qu'il a mis à nous communiquer cette bonne nouvelle : nous témoignons également toute notre reconnaissance au journal le Soir pour la bonne grâce avec laquelle il nous a prêté le concours de sa publicité en cette circonstance.

M. Lallemand n'est pas le seul des collaborateurs de l'Illustration qui soit tombé entre les mains des Prussiens. Pareille mésaventure vient d'arriver à M. Lançon, dont nous ne recevions plus de croquis depuis quelque temps, ainsi que nos lecteurs ont pu en faire la remarque.

Plus heureux que M. Lallemand, M. Lançon a été remis en liberté après une série d'allées et venues pendant lesquelles il a passé successivement par Mayence, Coblentz, Cologne, et finalement Aix-la-Chapelle, d'où il a pu rentrer en France en traversant la Belgique.

M. Lançon nous promet un récit détaillé, accompagné de nombreux dessins, contenant les curieuses observations qu'il lui a été donné de recueillir pendant le cours de son odyssée. En attendant, il est allé reprendre son poste, et nous serons en mesure de poursuivre, dès notre prochain numéro, la publication de ses dessins, si l'état des communications nous permet de les recevoir.

L'Illustration - 27 août 1870

Il nous a paru intéressant de reproduire la note par laquelle nous avons appris, à la fois, et l'arrestation et le prochain retour de notre correspondant. La carte sur laquelle elle est écrite, et dont nous avons représenté ci-dessous le format ainsi que la disposition typographique, émane de l'administration des postes de Prusse. Cette carte rappelle, par sa disposition, celle des imprimés servant à écrire les dépêches télégraphiques. Comme sur ces derniers, l'expéditeur y écrit l'adresse du destinataire et le texte de son message, puis elle est expédiée à découvert moyennant une taxe tris-inférieure à celle des lettres ordinaires.

Ce mode de correspondance, inconnu chez nous, est très-employé de l'autre côté du Rhin. Il pourrait rendre, nous semble-t-il, d'importants services, particulièrement dans les circonstances actuelles, et nous le signalons à qui de droit.

Voici la traduction des lignes allemandes placées au bas du billet-dépêche que nous a adressé notre collaborateur :

1) L'imprimé ci-dessus doit être rempli d'une manière claire et complète.

2) Le verso de cette carte, dans toute son étendue, peut servir à des communications quelconques, qui, comme l'adresse, doivent être écrites avec de l'encre, au crayon ou au crayon de couleur.

3) Sur les cartes de correspondance, adressées aux troupes régulières et aux employés militaires, on doit mentionner clairement : le corps d'armée, la division, le régiment, la compagnie (ou toute autre dénomination de troupe) auxquels le destinataire appartient, quel grade ou quel emploi il occupe dans l'administration militaire.

A. B.

L'abbé Domenech évoqua également les Feldpost-Correspondenzkarte

Afin de mieux conserver le secret sur les opérations de l'armée prussienne, M. de Bismark concentra dans ses mains toutes les nouvelles et toutes les dépêches du théâtre de la guerre ; il ne les communiquait à la presse que dans une certaine limite et sous une certaine forme. Les correspondants anglais, tolérés aux quartiers-généraux ne pouvaient commettre d'indiscrétion, car ils ne connaissaient que les faits accomplis ; aussi, leurs correspondances étaient-elles de vraies chroniques militaires, remplies de détails plus ou moins intéressants, mais très-inoffensifs.

Chez nous, la presse s'est conduite de la manière la plus indigne, je ne dirai pas coupable, parce qu'elle n'était point assez intelligente pour avoir conscience du mal qu'elle nous faisait en révélant une multitude de petits détails qui lui paraissaient insignifiants, mais dont l'en nemi ne manquait jamais de profiter.

Quant aux indiscrétions provenant des militaires ou civils des districts envahis, elles étaient impossibles, car personne ne pouvait expédier une lettre cachetée pour une destination quelconque.

Les lettres cachetées étaient déchirées, les lettres ou vertes étaient remises à un bureau spécial qui les lisait et en disposait sans contrôle ; la seule voie au moyen de laquelle on faisait parvenir de ses nouvelles à sa famille ou a ses amis, c'était celle des Feldpost-Correspondenzkarte, c'est-à-dire « carte de correspondance de la poste de campagne. » Ces cartes longues et larges à peu près comme un feuil let d'un volume in-12°, recevaient d'un côté l'adresse du destinataire et sur l'autre on écrivait ce qu'on voulait ; il est bien entendu qu'on les déchirait au moindre mot suspect ou mal sonnant que les employés de la poste y découvraient.