Signature d'Auguste Lançon

 Auguste Lançon : avec l'ambulance de la Presse

Journée du 11 août : Départ de l'ambulance de la Presse

Du 11 août au 3 septembre 1871, Auguste Lançon suivit la deuxième ambulance internationale dite "ambulance de la Presse" es-qualité de dessinateur de l'Illustration, son journal ayant contribué au financement de l'équipement de cette ambulance.

Le plus souvent, Lançon est dans les pas de l'abbé Emmanuel Domenech, un des aumôniers de l'ambulance.

Ce dernier laissera un récit des péripéties vécues par cette ambulance sous le titre Histoire de la campagne de 1870-1871 et de la deuxième ambulance publié à Lyon en 1871.

Lançon côtoiera également Charles Habeneck, ancien rédacteur de la Marseillaise, qui avait pu s'engager dans l'ambulance en qualité d'infirmier sous la promesse de ne pas faire de journalisme compte tenu de ses engagements passés. Habeneck publia dès 1871 un récit de la guerre avec l'ambulance dans le quotidien La Cloche, repris en volume, dès 1871, sous le titre "Les régiments martyrs".

D'autres journaux ont également des correspondants parmi les engagés de l'ambulance. Ainsi, F. Marinus du Gaulois est aide comptable. Il livrera quelques articles durant le mois d'août 1870.

Pour l'Illustration, l'opération s'avère décevante.

Le journal pensait vraisemblablement pouvoir offrir à son lectorat des dessins de la guerre grâce à la présence de Lançon au plus près des combats. Finalement, il n'en est rien.

D'une part, les dessins n'arrivent pas et Lançon ne donne plus de nouvelles. On verra pourquoi en lisant les pages qui suivent.

D'autre part, l'ambulance de la Presse fut constituée dans un vaste élan patriotique. Or, le sort des armes totalement défavorable à la France, la capitulation de Sedan et l'extrême rapidité de la fin de l'empire suivie de la proclamation d'un nouveau régime, rendaient déjà vieillis et amers, les dessins de Lançon lorsqu'il regagna Paris. Le regroupement de seulement quelques-uns d'entre-eux sous le titre "Études rétrospectives" commentées par Théophile Gautier, dans un texte qui consacrera le talent de Lançon, en dit long.

Or, c'est plusieurs dizaines de dessins et croquis que Lançon ramenait dans ses bagages. Tant à partir des dessins restés inédits que de ceux publiés dans l'Illustration à partir du 17 septembre 1870, Lançon tirera les eaux-fortes qui seront incluses dans la Troisième Invasion d'Eugène Véron, quelques années plus tard.

La mise en parallèle des récits de l'abbé Doménech et de Charles Habeneck avec les articles et dessins publiés ultérieurement dans l'Illustration ou dans d'autres journaux, permettent de reconstituer dans leurs grandes lignes quelles furent les pérégrinations d'Auguste Lançon durant les 23 jours que dura cet épisode de sa vie qui devait, à jamais, le marquer.

Départ de l'ambulance de la Presse
Départ de l'ambulance de la Presse, le 11 aout 1870
Dessin publié dans l'Illustration du 13 août 1870

Abbé Emmanuel Domenech :

Le personnel de l'ambulance de la presse se composait de M. le vicomte Foucher de Careil qui nous accompagna pendant la première partie de la campagne, en qualité de délégué de la Société ; de M. Marc Sée, chirurgien en chef; MM. Pomier, Villeneuve, Mahot et Ruck, chirurgiens ; l'abbé Loizellier et moi, aumôniers ; M. Espérandieu, pasteur protestant; MM. Castiaux d'Espine, Regnault, Piquantin, Leroy-des-Barres, Petit, Gripa, Foex, Gaye et Belon, aides-chirurgiens ; MM. Reclus, de Pressigny, Deschamps, Bergeaud, Autun, Pauly, Muret, Baudon, Albenois et Courmon, sous-aides ; Bayle, pharmacien; Truchot, comptable, Zborowski, Marinus et Guérin, sous-comptables ; le comte d'Aboville, fourrier; Lançon, dessinateur ; plus six caporaux et sergents, un piqueur, un maréchal, dix cochers et cuisiniers et soixante infirmiers.

Charles Habeneck :

Lorsque la guerre fut déclarée à la Prusse, je m'inscrivis, un des premiers, pour faire partie des ambulances de la Société internationale. Républicain, après avoir protesté contre la guerre, il me sembla qu'il ne me restait plus qu'à porter secours à ceux qui allaient en être les victimes.

Le milieu auquel appartenait la Société internationale de secours aux blessés n'était nullement celui de mes idées, et je devais trouver peu d'appui. J’y rencontrai de très grandes méfiances ; mais deux hommes que je remercie, M. Verdière et M. Truchot, chef comptable de la deuxième ambulance, voulurent bien s'intéresser à moi, et m’ayant fait donner ma parole que je n’écrirais à aucun journal, on consentit à m’accepter. En quelques jours même je passai de simple infirmier au grade d'infirmier major.

Pendant toute la campagne, j'ai gardé le silence ; aujourd'hui j’essaye de dire le plus brièvement possible ce que j'ai vu.

Notre ambulance, la deuxième de la Société de secours, partit de Paris le 11 août 1870.

Paris était ému et surexcité, mais en somme on n'avait point la notion de ce qui se passait. On savait bien que l'on avait été battu, mais on ne comprenait pas jusqu' à quel point on l'était. Je ne tardai pas à m'en apercevoir.

Tout de suite après le rempart, c'étaient l'inquiétude, la tristesse, les pleurs qui commençaient. On évitait de se dire tout ce que l'on craignait.

Comme notre ambulance avec ses quarante chirurgiens, et soixante infirmiers, des chevaux et son matériel composait presque un train spécial, je m'étais placé, pour être plus à l'aise, dans le wagon à bagages. Notre chef de train était arrivé la veille de Metz. On ne se figure pas le métier que pendant trois mois ont fait ces malheureux employés du chemin de fer de l'Est ; tous ces transports de troupes, ces ordres, ces contre-ordres éreintaient le matériel et les hommes. Notre chef de train nous avoua que cela allait mal, · très mal même. Comme il était d'ordinaire sur la ligne de Metz à Forbach, il connaissait parfaitement cette route, que les Prussiens suivirent pour entrer en France. Il nous raconta, sur les premiers jours de la campagne, des faits d'imprévoyance tels que je n'ose point les répéter ici. Dès le début, les Prussiens avaient adopté cette marche par les bois près desquels nous allions toujours nous placer sans prendre aucune précaution pour assurer la sécurité des hommes.

Toujours nous avons été surpris. Respectons ceux qui ont payé leur faute par leur mort.

Le soir nous étions à Châlons.

La Presse, 12 août 1870

Aujourd'hui, à onze heures et demie du matin, foule immense sur les boulevards. On se pressait de tous les côtés pour voir passer l'ambulance de la presse française, qui se rendait à la gare des chemins de fer de l'Est. Des sergents de ville ouvraient la marche. Le corps des infirmiers était précédé de deux drapeaux aux couleurs de l'association des secours aux blessés. Les infirmiers marchaient au pas, sac au dos, en tenue de campagne. Après eux venaient des aumôniers des divers cultes, et notamment des pasteurs protestants et du culte israélite, en robe d'officiant. On se découvrait sur le passage de ces appareils funèbres. Les voitures et les civières fermaient la marche avec une escorte de surveillants attachés à ce service. Ils portaient la croix blanche et rouge sur la poitrine.

Le Figaro, 13 août 1870

Le départ de l'ambulance de la presse. française pour la frontière a eu lieu hier à 11 heures du matin. En tête des 60 infirmiers marchait tête nue M. Charles Habeneck, l'ancien rédacteur de la Marseillaise. A l'arrière-garde du petit cortège qui défilait lentement sur le boulevard, au milieu d'une émotion universelle, nous avons remarqué M. l'abbé Domenech. Tout le monde portait le brassard blanc à croix rouge. Quatre caissons, une voiture de literie, une voiture de fourrage et un omnibus fermaient la marche. Sur les trottoirs, des hommes et des dames recevaient les dons des passants dans des bourses de toile emmanchées au bout d'un long bâton comme des filets pour chasser les papillons.

Tous les fronts étaient découverts et tous les cœurs serrés.